La pandĂ©mie de coronavirus va-t-elle amener des changements radicaux dans la façon de concevoir la vie en sociĂ©té ? Difficile Ă  dire Ă  ce stade. Le grand remue-mĂ©ninges que l’on nous promet semble avoir Ă©pargnĂ© au moins une catĂ©gorie : ceux qui sont aux commandes des institutions europĂ©ennes. De nombreux exemples nous montrent qu’ils n’ont pas changĂ© leur logiciel archaĂŻque. Ceci bien qu’il vienne une nouvelle fois de faire la preuve de son Ă©chec.

La libre circulation au sein de l’espace Schengen, un dogme intangible

Alors que la pandĂ©mie de coronavirus commençait Ă  se propager de façon inquiĂ©tante en Europe en fĂ©vrier et au dĂ©but du mois de mars, plusieurs pays ont rapidement fermĂ© leurs frontiĂšres et Ă©tabli des contrĂŽles sanitaires stricts pour ceux qui souhaitaient accĂ©der Ă  leur territoire. Curieusement, ce sont ces pays, au rang desquels on peut citer la RĂ©publique tchĂšque, la Hongrie, l’Autriche, la Pologne, etc.,  qui non seulement ont Ă©tĂ© les moins affectĂ©s par le coronavirus, mais Ă©galement sont sortis le plus tĂŽt du confinement.

Pourtant, le 13 mars, la PrĂ©sidente de la Commission europĂ©enne n’avait pas de mots assez durs pour critiquer les pays qui ont rapidement fermĂ© leurs frontiĂšres nationales. L’argumentaire d’Ursula Von Der Leyen semble bien faible rĂ©trospectivement : ces mesures Ă©taient selon elle « inefficaces » et « contraires Ă  la nĂ©cessitĂ© du moment. »(1)

Ursula von der Leyen.

Ursula von der Leyen.

MĂȘme si la PrĂ©sidente de la Commission europĂ©enne a admis avoir pris tardivement la mesure de la gravitĂ© de la situation, le mal Ă©tait fait. Le coronavirus s’est largement propagĂ© dans les pays qui, Ă  l’instar de la France, ont suivi les prĂ©conisations de la Commission europĂ©enne.

Le commerce international ne connaĂźt pas de trĂȘve

La pĂ©riode de confinement et les restrictions de circulation ont mis en lumiĂšre l’extrĂȘme dĂ©pendance de nombreux pays europĂ©ens en produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© venant de pays tiers. La relocalisation des productions stratĂ©giques, la souverainetĂ© alimentaire et le dĂ©veloppement de circuits courts s’imposent de plus en plus comme une nĂ©cessitĂ© et une Ă©vidence.

Ce constat n’est pas partagĂ© par les dirigeants des institutions europĂ©ennes. Le commerce intercontinental par cargos gĂ©ants est toujours Ă  leurs yeux une perspective rĂ©jouissante. En pleine pandĂ©mie de coronavirus, ce ne sont pas moins de deux accords commerciaux qui ont Ă©tĂ© conclus entre l’Union europĂ©enne et des pays tiers.

Le 12 mars, le Conseil de l’Union europĂ©enne donnait son feu vert Ă  un accord de libre-Ă©change avec le Vietnam.(2)

Celui-ci prĂ©voit la suppression progressive des droits de douane sur certains biens Ă©changĂ©s entre l’U.E. et le Vietnam. L’objectif attendu est bien entendu l’intensification des Ă©changes internationaux. Outre l’impact nĂ©gatif sur l’environnement, des ONG critiquent la quasi-absence de critĂšres sociaux dans l’accord conclu. La commission europĂ©enne pourra nĂ©anmoins continuer Ă  professer Ă  qui veut l’entendre ses valeurs humanistes et en faveur de la dĂ©fense de l’environnement.(3)

Un peu plus d’un mois plus tard, le 28 avril, l’UE et le Mexique concluaient un accord commercial programmant l’abaissement de nombreux droits de douane. Au rang des produits concernĂ©s, la viande bovine mexicaine pourra ĂȘtre importĂ©e en Europe avec beaucoup moins de restrictions, ce qui fait craindre aux Ă©leveurs français une concurrence lointaine et dĂ©loyale, en raison de normes sanitaires moins Ă©levĂ©es.(4)

Autre exemple d’une conception purement Ă©conomiste des Ă©changes internationaux : alors que la pandĂ©mie de coronavirus a mis en relief notre extrĂȘme dĂ©pendance vis-Ă -vis de la Chine, notamment en matiĂšre de mĂ©dicaments, le chef de la diplomatie europĂ©enne Josep Borrell a rĂ©cemment rĂ©sumĂ© une vision singuliĂšre d’une souverainetĂ© retrouvĂ©e en la matiĂšre.

Prenant l’exemple du paracĂ©tamol, s’il convenait qu’il n’est pas normal que l’Europe n’en produise pas, il Ă©voquait la possibilité  de rapatrier sa production
dans les pays des Balkans ou en Afrique du nord. Ne sacrifiant rien au dogme de l’U.E. en matiĂšre de libre-Ă©change, il Ă©cartait toute notion de « protectionnisme ». Les emplois en Europe de l’ouest et la fabrication au plus prĂšs du consommateur ne semblent pas une prioritĂ© pour le Haut reprĂ©sentant de l’UE pour les affaires Ă©trangĂšres.(5)

L’immigration illĂ©gale sanctuarisĂ©e

Alors qu’à grand renfort de communication, la Commission europĂ©enne vient d’annoncer que les pays de l’UE ont accordĂ© en 2019 une protection Ă  300 000 demandeurs d’asile, les bureaucrates europĂ©ens sont beaucoup plus discrets pour annoncer le nombre de dĂ©boutĂ©s du droit d’asile, 312 000 et plus encore le nombre de clandestins arrivant chaque annĂ©e en Europe.

Le faible nombre de reconduites de migrants Ă©conomiques dans leurs pays est totalement absent du communiquĂ© de presse de la Commission europĂ©enne. De nombreux signaux pendant la pĂ©riode de confinement nous montrent que la lutte contre l’immigration clandestine n’est pas une prioritĂ© de l’UE :

– Le nombre de clandestins arrivĂ©s en Italie depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2020 est en nette progression par rapport Ă  2019.(6)

– La commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Ă  la suite de nombreux dĂ©putĂ©s europĂ©ens, demande que les migrants recueillis en mer, notamment par les bateaux des O.N.G., ne soient plus ramenĂ©s en Libye, ce qui Ă©tait pourtant dĂ©jĂ  rare, et que la coopĂ©ration avec les garde-cĂŽtes libyens soit rompue (7)

– Ladite opĂ©ration « Sophia », initialement chargĂ©e de lutter contre les passeurs convoyant des migrants de Libye en Italie, a Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©orientĂ©e au contrĂŽle de l’embargo sur l’importation d’armes en Libye.(8)

Le pont maritime entre la Libye et l’Italie, un peu freinĂ© par les restrictions de circulation pendant le confinement, pourra reprendre de plus belle avec le rĂ©tablissement progressif de toutes les liaisons terrestres, aĂ©riennes et maritimes. La grande migration dans une Europe en proie au chĂŽmage de masse et aux conflits communautaires pourra Ă©galement reprendre son cours, Ă  la grande satisfaction des bureaucrates europĂ©ens et des dĂ©putĂ©s du bloc majoritaire.

Pire, les pays européens sont maintenant marqués à la culotte par la Commission européenne qui vient de leur rappeler le principe du non-refoulement des migrants et la nécessité de continuer les opérations de « relocalisation. »(9)

La solidarité européenne
 pour les pays tiers

La solidaritĂ© europĂ©enne est un beau concept. La rĂ©alitĂ© est parfois diffĂ©rente. Au plus fort de la crise sanitaire, l’Italie n’a pas pu compter – ou si peu – sur l’Union europĂ©enne pour faire face au manque de matĂ©riel mĂ©dical. L’aide de la Russie et de la Chine a Ă©tĂ© la bienvenue.

Pendant ce temps, « en mĂȘme temps », l’Union europĂ©enne distribue Ă  foison des aides aux pays tiers : 3,3 milliards d’euros aux pays des Balkans candidats Ă  l’entrĂ©e dans l’U.E. pour faire face Ă  l’urgence sanitaire.(10)

L’Iran va pour sa part bĂ©nĂ©ficier d’une aide de 20 millions d’euros.(11)

La PrĂ©sidente de la Commission europĂ©enne a annoncĂ© le 7 avril que l’UE allait se porter garante pour une aide de 15 milliards d’euros Ă  des pays africains. Autre prioritĂ©, toutes affaires cessantes pour les bureaucrates europĂ©ens : l’élargissement de l’UE Ă  l’Albanie et Ă  la MacĂ©doine du nord a Ă©tĂ© relancĂ© le 24 mars, comme nous le soulignions rĂ©cemment.

Last but not least, c’est le principe de l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union europĂ©enne qui est rĂ©affirmĂ© dans un document de l’office de statistique de l’Union europĂ©enne paru le 13 fĂ©vrier 2020.(12)Alors que dans le mĂȘme temps, le gouvernement turc organisait une vĂ©ritable agression contre la GrĂšce Ă  la frontiĂšre turco-grecque.

On le voit, la crise sanitaire n’a Ă©branlĂ© aucun dogme des dirigeants des institutions europĂ©ennes. La libre circulation des biens et des personnes, la politique de peuplement par des extra-europĂ©ens, la nĂ©gation de tout socle culturel : les fondamentaux de l’UE sont toujours solidement ancrĂ©s. DĂ©cidĂ©ment, rien ne change dans les couloirs feutrĂ©s de la commission europĂ©enne.

Notes

(1) « Coronavirus : l’UE critique le dĂ©sordre de la fermeture des frontiĂšres en Europe », RFI, 14 mars 2020.

(2) « Council Decision on the conclusion of the Free Trade Agreement between the European Union and the Socialist Republic of Viet Nam », Council of the European Union, 9 mars 2020.

(3) « Accords UE-Vietnam : 68 organisations de la sociĂ©tĂ© civile appellent Ă  ne pas ratifier ces nouveaux accords de commerce et d’investissement », Stop Tafta, 10 fĂ©vrier 2020.

(4) « L’Union europĂ©enne et le Mexique ont conclu les nĂ©gociations sur leur nouvel accord commercial », Commission europĂ©enne, CommuniquĂ© de presse, 28 avril 2020. CommuniquĂ© de presse d’Interbev, 29 avril 2020.

(5) « Josep Borrell, Haut reprĂ©sentant de l’UE, « Avec la Chine, nous avons Ă©tĂ© un peu naĂŻfs », Le JDD, 3 mai 2020.

(6) « Les dĂ©putĂ©s europĂ©ens demandent l’arrĂȘt de l’aide aux garde-cĂŽtes libyens », Mer et marine, 29 avril 2020.

(8) « States should ensure rescue at sea and allow safe disembarkation during the COVID-19 crisis », Conseil de l’Europe, 16 avril 2020.

(9) « Communication de la Commission », Commission européenne, 17 avril 2020.

(10) « L’U.E. veut rassurer les Balkans occidentaux et envoie une aide de 3,3 milliards d’euros », Le Figaro, 5 mai 2020.

(11) « Coronavirus : l’Europe au chevet de l’Iran, malgré les sanctions amĂ©ricaines », Le Point, 25 mars 2020.

(12) « Statistics on migration, residence permits, citizenship and asylum for the enlargement countries, 2020 edition », Eurostat, 13 février 2020.

EuroLibertĂ©s : toujours mieux vous rĂ©-informer 
 GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le systÚme ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertĂ©s rĂ©-informe parce qu’EuroLibertĂ©s est un mĂ©dia qui ne dĂ©pend ni du SystĂšme, ni des banques, ni des lobbies et qui est dĂ©gagĂ© de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertĂ©s est un acteur incontournable de dissection des politiques europĂ©ennes menĂ©es dans les États europĂ©ens membres ou non de l’Union europĂ©enne.

Ne bĂ©nĂ©ficiant d’aucune subvention, Ă  la diffĂ©rence des mĂ©dias du systĂšme, et intĂ©gralement animĂ© par des bĂ©nĂ©voles, EuroLibertĂ©s a nĂ©anmoins un coĂ»t qui englobe les frais de crĂ©ation et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les dĂ©placements indispensables pour la rĂ©alisation d’interviews.

EuroLibertĂ©s est un organe de presse d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Chaque don ouvre droit à une dĂ©duction fiscale Ă  hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une dĂ©duction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertĂ©s (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigĂ© vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sĂ©curisĂ©e.‹ 

3 : Faire un don par chĂšque bancaire Ă  l’ordre d’EuroLibertĂ©s

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-BicĂȘtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99