par Christophe Poitou (auteur du Syllogisme Ă©conomique, Ă©ditions Dualpha)

On apprend dans Le Figaro Ă©conomie du 17 mai 2019 que le chimiste français Arkema a rachetĂ© l’amĂ©ricain ArrMaz, chimiste de spĂ©cialitĂ© prĂ©sent dans les tensio-actifs et les phosphates pour l’agriculture, les mines ou l’extraction de pĂ©trole de schiste, produits dangereux pour l’environnement ou la santĂ© Ă  des degrĂ©s divers.

Auparavant, on avait Ă©galement appris la condamnation de la firme Monsanto devant un tribunal amĂ©ricain d’Oakland en Californie Ă  2 milliards de dommages et intĂ©rĂȘts Ă  verser Ă  des plaignants victimes de ses produits controversĂ©s.

C’est l’Allemand Bayer qui est susceptible de payer si le jugement est confirmĂ© car il a rachetĂ© Monsanto. Le tribunal d’Oakland ne dĂ©couvre que maintenant que le Roundup est toxique, alors que les gens portent plainte depuis bien plus longtemps ? Juste aprĂšs le rachat par Bayer, comme c’est bizarre !


Roundup

D’oĂč une question Ă©vidente : les dirigeants d’Arkema n’ont-ils pas peur que le mĂȘme genre de mĂ©saventure leur arrive ? Des procĂšs trĂšs coĂ»teux.

Peut-ĂȘtre n’y aura-t-il rien cette fois, les phosphates et les tensio actifs Ă©tant moins terribles que le mix diabolique pesticide/OGM (quoiqu’à bien y regarder, les phosphates et les tensio-actifs posent aussi de sĂ©rieux problĂšmes).

Mais il y a de quoi pourtant se méfier


Quand Bayer a rachetĂ© Monsanto, il y avait certainement une petite armĂ©e d’avocats pour s’assurer d’avance que l’acheteur ne ferait pas face ultĂ©rieurement Ă  des amendes trop lourdes. Pourtant, cela s’est produit quand mĂȘme. Et 13 400 autres plaignants font aujourd’hui la queue au tribunal.

13 400 fois 2 milliards = 26,8 trillions. C’est Ă  peu prĂšs 10 fois le PIB de la France. Autrement dit, le « deepstate » US tient Bayer Ă  sa merci ou presque car aucune entreprise privĂ©e au monde ne peut payer mĂȘme le dixiĂšme d’une telle somme.

Le cours de Bourse de Bayer a Ă©galement chutĂ©. Les mondialistes nĂ©oconservateurs amĂ©ricains n’ont, on le devine, aucune sympathie particuliĂšre pour une entreprise, qui, Ă  ce qu’on nous dit, a collaborĂ© Ă  la diffusion du Zyklon B.

Comment Bayer a-t-il pu ĂȘtre aussi naĂŻf ? On en vient Ă  se demander si les cabinets d’avocats internationaux avec plaque dorĂ©e sur pierre de taille haussmannienne ne sont pas des espĂšces de nids d’espions ou de vautours jouant double jeu, chargĂ©s de faire appliquer la terreur de l’extraterritorialitĂ© juridique amĂ©ricaine.

On pense ici aussi aux brutaux rĂ©gisseurs des impĂŽts dans l’Ukraine d’une autre Ă©poque dont parlait Roland Hureaux il y quelque temps


Les avocats qui ont conseillĂ© Bayer pour l’accord de l’achat de Monsanto Ă©taient-ils corrompus ? On a le droit de se poser la question en tout cas


Avec les mondialistes « amĂ©ricains », mĂȘme un accord qui a l’air solide ne l’est pas. Ils n’hĂ©sitent pas Ă  renier leurs promesses – voir la suspension de l’accord nuclĂ©aire avec l’Iran sous la pression des nĂ©oconservateurs
 voir aussi le mauvais coĂ»t fait Ă  Alsthom.

On ne peut leur faire confiance, « accord béton » ou pas. Et Deutsche Bank flouée par Lehman avant sa chute ! Et tout récemment à nouveau des problÚmes avec General Electric ! La liste est longue.

Ils ne peuvent pas non plus respecter leur engagement de rembourser leur dette publique aux crĂ©anciers internationaux. Elle est trop grosse. À ce propos, d’ailleurs, attention Ă  la dangereuse illusion d’optique consistant Ă  croire que parce que les USA sont endettĂ©s, ils ne peuvent racheter les autres. Ce devrait ĂȘtre le cas, mais, malheureusement, les deux sont tout Ă  fait possibles en mĂȘme temps. Ce sont des entreprises privĂ©es amĂ©ricaines qui accroissent leur pouvoir dans le monde. Elles ne sont pas endettĂ©es et se moquent bien de la dette publique amĂ©ricaine.

C’est mĂȘme pire, non seulement l’augmentation de la dette publique et des crĂ©ances privĂ©es est possible simultanĂ©ment, mais c’est mĂȘme la premiĂšre qui permet les secondes.

La politique monĂ©taire (endettement public) crĂ©Ă© des liquiditĂ©s qui atterrissent dans les caisses d’agents Ă©conomiques privĂ©s, lesquels rachĂštent des actifs, Ă  commencer par les leurs, mais aussi ceux des adversaires


On pourrait au moins faire la mĂȘme chose pour se protĂ©ger de ces vautours. Le Japon, sous prĂ©texte de lutter contre l’inflation, le fait bien
 Ils rachĂštent leurs propres actifs, comme ça les adversaires ne peuvent le faire. Il n’y en a plus à vendre, ou alors ils sont trop chers ! Mais l’Europe est nigaude et ne le fait pas vraiment. La BCE devrait racheter les entreprises en difficultĂ© comme Alsthom pour barrer la route aux AmĂ©ricains, au lieu de constater naĂŻvement les dĂ©gĂąts quand c’est trop tard.

Ah oui ! Mais on oubliait
 Le deepstate US ne serait pas content et il fait chanter l’Allemagne en menaçant de taxer les Mercedes aux USA. Pourtant, outre le fait de recouvrer son honneur, mĂȘme d’un point de vue bassement commercial, l’Allemagne finirait peut-ĂȘtre par s’y retrouver plus en bravant ces sanctions, mais en contrepartie en commerçant plus librement avec l’Iran et la Russie. Être humble avec François d’Assise, d’accord, mais s’aplatir ou se fustiger sans cesse de maniĂšre masochiste comme les flagellants du Moyen Âge, non vraiment ! Cela ne mĂšne Ă  rien de bon !

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