« Par son rayonnement mondial et la haine imbécile suscitée,
Donald Trump incarne le dernier sanglot de l’homme blanc,
peu à l’aise dans un monde qui n’est plus le sien
»

Entretien avec Nicolas Bonnal, auteur de Donald Trump, le candidat du chaos (Ă©ditions Dualpha)

(propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Pourquoi un livre sur Donald Trump ? Pour profiter de son succÚs ?

Pour deux raisons essentielles, en fait
 D’une part, cette campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine est la plus intĂ©ressante de ces derniĂšres dĂ©cennies. C’est ce que dit le cĂ©lĂšbre animateur de radio et de tĂ©lĂ©vision amĂ©ricain Larry King qui a aussi dĂ©clarĂ© que Donald Trump est un « moghol », un grand du monde mĂ©diatique et charismatique. Bernie Sanders est d’extrĂȘme-gauche et Hillary Clinton, candidate officielle de « l’empire humanitaire », est trĂšs impopulaire. Cet « empire » est en crise, comme le reste du monde. Le programme chaotique et contradictoire de Trump reflĂšte ce malaise et cette folie amĂ©ricaine.

Ensuite, parce que je voulais depuis longtemps Ă©crire un livre sur les USA, qui traite de sujets politiquement incorrects.

C’est-à-dire ?

Du refus de l’immigration par exemple. L’AmĂ©rique de souche s’est fait imposer la conception du Melting Pot et la notion de refuge pour masses opprimĂ©es. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, un grand mouvement antimigratoire se dessine, qui aboutit aux lois Harding et qui refuse en AmĂ©rique les immigrĂ©s balkaniques, italiens, slaves ou autres. Les AmĂ©ricains de souche, soit les descendants des coloniaux, n’ont jamais Ă©tĂ© tous contents de se voir peu Ă  peu remplacĂ©s sur leur sol, surtout aprĂšs la suicidaire et humanitaire Guerre de SĂ©cession. Il y a donc depuis un malaise perpĂ©tuel et Donald Trump le reflĂšte presque involontairement – mais messianiquement –, d’oĂč la haine qu’il inspire.

Le sujet Trump évoque pour vous les sites libertariens et la théorie de la conspiration


Les sites amĂ©ricains comme zerohedge.com, economiccollapse ou prisonplanet, sont riches et bien informĂ©s. Il y a une forte tradition anti-systĂšme dans ce pays, alors que, chez nous, tout reste bloquĂ© Ă  droite par le culte rĂ©publicain de l’État-nation ou du Moyen Âge chrĂ©tien ! Trump surfe sur le mĂ©contentement social et politique, intellectuel mĂȘme. « On » ne veut pas de politiquement correct, et on argumente beaucoup mieux qu’en France oĂč l’on ne comprend pas que l’État-nation en France est une entitĂ© hostile depuis longtemps, mais caricaturalement, surtout depuis 1793 et surtout 1870. La rĂ©publique dĂ©vore la France comme Saturne ses enfants


On s’éloigne de Donald Trump


Pas du tout. Par son rayonnement mondial et la haine imbĂ©cile suscitĂ©e, Donald Trump incarne le dernier sanglot de l’homme blanc, peu Ă  l’aise dans un monde qui n’est plus le sien. Cela m’a poussĂ© Ă  Ă©crire ce livre pour expliquer les raisons de la colĂšre amĂ©ricaine, oĂč le tĂ©lĂ©spectateur chauve a remplacĂ© le paysan blond de Steinbeck. Les chiffres de la santĂ©, de la sĂ©curitĂ©, du chĂŽmage sont cachĂ©s dans ce pays encore donnĂ© en exemple.

Vous ne le prenez pas toujours au sérieux !

Attendez, on est en AmĂ©rique, c’est un nabab entourĂ© de belles slaves et un prĂ©sentateur tĂ©lĂ©, et c’est son Ă©mission dĂ©nommĂ©e L’Apprenti qui en a fait une star, avec son train de vie Ă  la Ronaldo ! Trump est un riche mondialisĂ©, cosmopolite qui joue au populiste casanier. D’oĂč ses contradictions (plus ou moins de guerres ?), son manque de sĂ©rieux (la guerre Ă  l’Iran, mais pas Ă  l’Irak ?), le vague de ses cibles (la Chine ? le Mexique ?), la provocation stĂ©rile (construire un mur avec le Mexique ?). Mais tout cela fait partie de cette atmosphĂšre de chaos que nous Ă©voquons dans notre titre.

Vous Ă©voquez la notion d’État profond


Trump en parle peu et il a tort. Car il incarne le recours contre l’État pour ses Ă©lecteurs rĂ©voltĂ©s par leur pauvretĂ© soudaine, la rĂ©pression idĂ©ologique et physique, la barbarie mĂ©diatique et humanitaire. AussitĂŽt, Apple, Lady Gaga, le pape François et la Fed se sont levĂ©s comme un seul homme (ou comme un seul androĂŻde) contre The Donald soudain revĂȘtu de la personnalitĂ© de Daniel Boone ou John Wayne (d’ailleurs les enfants Wayne le soutiennent, tout comme Clint Eastwood). Trump a toujours eu un cĂŽtĂ© franc-tireur et grande gueule. Par exemple il a dit rĂ©cemment qu’il n’avait pas besoin des gens de Wall Street ; qu’il les connaissait, mais qu’il n’en avait pas besoin. Dans un pays contrĂŽlĂ© par l’argent, cette confession est apprĂ©ciable. C’est pourquoi il ne faut pas jeter l’eau du bain avec le bĂ©bĂ© !

Et ses provocations ?

Elles font partie de la panoplie du populiste et elles n’étaient mĂȘme pas nĂ©cessaires pour faire parler de lui. Mais quand il ne provoque pas, il est trĂšs bon. Il dit que les nĂ©gociateurs iraniens sont les meilleurs du monde, parce qu’ils sont perses : quel bel hommage ! Il dit aussi que les nĂ©gociateurs chinois ridiculisent les nĂ©gociateurs amĂ©ricains lors des traitĂ©s de commerce : il est Ă©vident qu’il a raison. Et on se retrouve dans une sociĂ©tĂ© avec soixante multimilliardaires et cent millions de crĂšve-la-faim. 47 % des AmĂ©ricains n’ont pas 400 dollars de cash devant eux !

On pense lĂ  au chercheur en sciences politiques amĂ©ricain Francis Fukuyama


J’aime beaucoup Fukuyama qui mĂ©rite d’ĂȘtre lu et relu ! Il a insistĂ© sur la mĂ©galothymie ; cette puissante ambition guerriĂšre et politique Ă  notre Ă©poque de tyrannie humanitaire est ce qu’on reproche Ă  Donald Trump. Il dĂ©gage une aura de grand blond macho, de mĂąle alpha sorti du meilleur des mondes, et cela rend fou le systĂšme. On verra ce qu’en pense l’électeur mĂȘme s’il a Ă©tĂ© suffisamment abruti comme ça.

Donald Trump, le candidat du chaos de Nicolas Bonnal, 202 pages, 25 euros, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa. Pour le commander, cliquez ici.