« Ainsi qu’ils sont dĂ©peints dans la saga,
les jedis sont des chevaliers “archĂ©ofuturistes”

Savant mĂ©lange d’archaĂŻsme et de modernité :
ils sont l’élite morale de la lointaine galaxie
à mi-parcours entre le chevalier courtois médiéval
et le casque bleu contemporain »

Entretien avec Rémy Valat, auteur du livre Le kendÎ de Maßtre Obi-Wan. Jedis et samouraïs : orientalisme, médiévalismes et arts martiaux (Dualpha).

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.)

Remy Valat.

Remy Valat.

Vous venez de publier un livre sur Star Wars aux Ă©ditions Dualpha c’est plutĂŽt surprenant de votre part ? On vous connaissait surtout pour vos livres sur la guerre d’AlgĂ©rie


Concernant Star Wars et les jedis, je n’aurais jamais imaginĂ© Ă©crire un livre sur ce thĂšme, n’étant pas un inconditionnel de tels films sans y ĂȘtre pour autant insensible. J’ai centrĂ© mon Ă©tude sur la chevalerie jedi, parce que celle-ci se trouve Ă  la rencontre d’univers que j’apprĂ©cie, la culture et les arts martiaux japonais (que je pratique et enseigne) et la sĂ©rie de romans de science-fiction de Frank Herbert, Dune. Ce sont Ă  mes yeux, entre autres, ces solides fondations et rĂ©fĂ©rences culturelles qui donnent Ă  Star Wars son Ă©nergie, sa force (si j’ose dire). George Lucas est un homme cultivĂ© et bourrĂ© de talents. Star Wars est un sujet passionnant lorsqu’on tente d’en comprendre le pourquoi et le comment.

Votre livre traite de la chevalerie jedi et des samouraĂŻs auxquels vous trouvez trois dĂ©nominateurs communs : l’orientalisme, les mĂ©diĂ©valismes (au pluriel ?) et les arts martiaux. Pourquoi ?

En rĂ©alitĂ©, j’ai essayĂ© de comprendre les raisons (autres que commerciales et de communication) du succĂšs de la mythologie Star Wars. L’orientalisme et les mĂ©diĂ©valismes europĂ©ens et japonais sont des ingrĂ©dients fondamentaux de la filmographie. Personnage central de la saga, le jedi est une figure composite, un amalgame de la reprĂ©sentation romantique du samouraĂŻ et du chevalier, deux types de hĂ©ros qui partagent en apparence un certain nombre de traits communs : une Ăąme gĂ©nĂ©reuse, un attrait pour les formes nobles et civilisĂ©es de combats, le rejet de la violence, considĂ©rĂ©e comme un ultime recours, la courtoisie et le contrĂŽle de soi. Le jedi est Ă©galement un personnage attirant pour son exotisme. Le japonisme est un Ă©lĂ©ment important de la filmographie, Ă  tel point que George Lucas souhaita un temps faire interprĂ©ter le film en japonais (avec sous-titrages en anglais) pour accentuer l’étrangetĂ© de cet univers extraterrestre et de ses habitants
 Il faut bien garder en mĂ©moire qu’au moment de l’écriture du premier scĂ©nario, au dĂ©but des annĂ©es 1970, les avancĂ©es de l’historiographie sur le Japon et l’engouement populaire en Occident pour les cultures asiatiques et les arts martiaux ne permettaient pas de se faire une idĂ©e exacte des samouraĂŻs tels qu’ils furent rĂ©ellement. On avait (et on a encore) tendance Ă  les idĂ©aliser. La reprĂ©sentation du samouraĂŻ de George Lucas est celle des films nippons de l’aprĂšs-guerre, Ă  savoir une rĂ©appropriation rĂ©cente de l’image du guerrier japonais, Ă©purĂ©e des aspects « militaristes » et rĂ©pondant aux attentes d’un pays vaincu, empreint de la nostalgie de l’époque d’Edo (pĂ©riode de stabilitĂ©, de paix et d’harmonie entre Japonais, interrompue brutalement par l’immixtion des puissances occidentales) et en quĂȘte d’un modĂšle de hĂ©ros viril et respectable. En outre, le concept de « Force » comme Ă©nergie universelle et immanente flirtait Ă  l’époque avec les pratiques (toujours) Ă  la mode du yoga indien ou des arts martiaux sino-japonais. Or, en Occident, les arts martiaux et les spiritualitĂ©s asiatiques sont le rĂ©sultat d’un mouvement de transfert culturel plus ancien, fait pour partie de rejet des valeurs du christianisme, remontant aux premiers pas de la colonisation des EuropĂ©ens en Asie. Les mouvements intellectuels indianiste et orientaliste sont progressivement sortis du cadre Ă©troit et Ă©litiste des milieux universitaires pour se populariser par le truchement des mouvements Ă©sotĂ©riques, puis massivement au XXe siĂšcle, par le mĂ©dium des moyens modernes de tĂ©lĂ©communications et l’intensification des Ă©changes Ă©conomiques et culturels de par le monde.

Le lightsaberjutsu, comme vous l’appelez, a-t-il vraiment quelque chose en commun avec le kendî ?

Ainsi qu’ils sont dĂ©peints dans la saga, les jedis sont des chevaliers « archĂ©ofuturistes » (le nĂ©ologisme est de Guillaume Faye). Savant mĂ©lange d’archaĂŻsme et de modernité : ils sont l’élite morale de la lointaine galaxie Ă  mi-parcours entre le chevalier courtois mĂ©diĂ©val et le casque bleu contemporain. Le sabre-laser est un autre trait archĂ©ofuturiste. Cette arme est le symbole et le marqueur social de leur Ă©tat de chevalier, mais elle est aussi un objet archĂ©typal : dans l’imaginaire collectif le sabre ou l’épĂ©e est l’attribut du courage (lequel sous-tend de hautes valeurs morales). Surtout, le sabre reste fondamentalement une arme de guerre. Depuis l’apparition de la mĂ©tallurgie, le sabre ou l’épĂ©e Ă©taient aussi rĂ©putĂ©s pour leur aura de magie, leur charge d’énergie, leur force spirituelle ou leur dimension religieuse ou sacrĂ©e. Source de supĂ©rioritĂ© sur le champ de bataille, l’armement en fer est le produit de savantes et secrĂštes techniques de fabrication. Le fer, le feu, le secret de la forge
 En un mot, l’alchimique transformation de la matiĂšre et de celui qui la travaille (par un parcours initiatique Ă©levant spirituellement l’individu, ce qui correspond Ă  notre reprĂ©sentation idĂ©ale du chevalier). Pour toutes ces raisons, le sabre-laser, tout droit sorti de l’imagination des crĂ©ateurs de Star Wars, frappe notre inconscient et projette en nous des clichĂ©s parlants : magie, mystĂšre, chevalerie


Le kendĂŽ de MaĂźtre Obi-Wan de RĂ©my Valat, Éditions Dualpha, PrĂ©face de Philippe Randa, collection « Patrimoine du spectacle », 252 pages, 29 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Le kendĂŽ de MaĂźtre Obi-Wan de RĂ©my Valat, Éditions Dualpha.

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