SĂ©vĂšrement mises en cause dans certains mĂ©dias qui donnent une vision de leur arriĂšre-cour, le groupe de chanteuses Les Brigandes a vu leur prestation du 8 mai pour l’association catholique Civitas annulĂ©e. C’est en octobre 2014, juste aprĂšs le succĂšs de leur premier concert, lors de la « JournĂ©e » organisĂ©e par la revue SynthĂšse nationale Ă  Rungis, que les antifas de La Horde, lancent la premiĂšre attaque[1]. L’argumentaire est repris en fĂ©vrier par Le Point, le magazine de BHL[2]. L’affaire est sĂ©vĂšre, elles sont accusĂ©es d’ĂȘtre une secte sous l’emprise d’un gnostique franc-maçon. Il est toujours contreproductif de reprendre l’argumentaire de ses ennemis, surtout quand ils relĂšvent de problĂšmes affectifs et de dĂ©nonciations politiques[3].

Sur fond de problĂšmes personnels et de jalousies, pas d’occultisme ni de complot, au final mĂȘme pas du Closer. Certains peuvent le regretter, mais le temps oĂč l’Église excommuniait les comĂ©diens est rĂ©volu. Et surtout, la question n’est pas lĂ . Il ne s’agit que de chansons, les saltimbanques sont Ă  juger sur ce qu’ils composent et font entendre et non sur leur vie.

La chanson rend compte de l’identitĂ© d’une communautĂ©, de son audience et de sa vitalitĂ©. Sans la capacitĂ© de crĂ©er des chansons adaptĂ©es aux circonstances sans cesse changeantes de l’existence, la communautĂ© disparaĂźt. En adoptant des rĂ©pertoires Ă©trangers, elle est tout simplement engloutie dans une autre, il suffit d’écouter les bandes sonores des lieux publics pour prendre conscience du modĂšle qui est imposĂ©. Les familles ont pu chanter d’une seule voix jusqu’à l’arrivĂ©e du microsillon. Le disque a introduit une fracture entre les gĂ©nĂ©rations, Ă©clatant les rĂ©pertoires collectifs qui font l’identitĂ© d’un peuple, en mĂȘme temps que la jeunesse devenait un enjeu commercial. La musique rend compte au plus prĂšs de cette Ă©volution.

Agissant sur les Ă©motions, la musique est un levier puissant pour influencer les masses, gagner les esprits et garantir la paix sociale. Les rĂ©volutionnaires avaient bien retenu l’enseignement de Jean-Jacques Rousseau qui avait remarquĂ© que « si notre musique a peu de pouvoir sur les affections de l’ñme, en revanche, elle est capable d’agir physiquement sur les corps. »[4]

Monopole soigneusement gardĂ© par la gauche, elle est devenue un moyen de capter la jeunesse rendue indiffĂ©rente Ă  des politiques corrompus et discrĂ©ditĂ©s. Les meetings politiques ont disparu, par contre les grands concerts continuent plus que jamais d’attirer les foules, permettant de passer des menottes culturelles Ă  la jeunesse, et la rendant dĂ©pendante des prescriptions des vedettes auxquelles elle s’identifie. Plus besoin de penser, il suffit de faire ce qu’on lui prescrit, comportement, mode vestimentaire, culinaire, manifs, vote
 Ça ne fonctionne peut-ĂȘtre pas Ă  tous les coups[5], mais, globalement, ça canalise les pulsions de rĂ©volte en les empĂȘchant de verser dans l’opposition radicale au systĂšme. En musique, on appelle ça les musiques alternatives ; alternatives au conformisme, mais pas anticonformistes ni dissidentes.

Il est crucial pour la gauche de conserver ce monopole, d’autant plus que ses bases idĂ©ologiques s’effondrent. Tant qu’elle tient les leviers culturels et tout spĂ©cialement la musique, elle peut encore espĂ©rer conserver le pouvoir, et surtout ne jamais perdre le pouvoir culturel. Elle doit donc impĂ©rativement empĂȘcher ses adversaires de lui contester son hĂ©gĂ©monie. C’est la raison pour laquelle l’affaire des Brigandes n’est pas une question de secte et d’occultisme. L’objectif est de dĂ©manteler un outil qui fonctionne dans la dissidence et dont l’audience commence mĂȘme Ă  dĂ©border puisqu’on les retrouvait dans Grazia en janvier[6], juste avant que Le Point n’intervienne. Elles devenaient dangereuses.

Il ne faut pas s’étonner si les artistes sont tous Ă  gauche ou cachent leurs opinions. Car ce sont toutes les tentatives de la chanson dissidente pour desserrer l’étau dont il faut se souvenir. D’abord, les chanteurs pieds-noirs blacklistĂ©s des mĂ©dias, sauf Enrico Macias
 Ensuite les groupes skinheads des annĂ©es 1980 considĂ©rĂ©s comme des parias. In Memoriam rĂ©sume Ă  lui seul l’acharnement contre le rock identitaire : attentat Ă  l’explosif en octobre 1998 qui dĂ©truit la salle de Vitrolles oĂč il devait se produire, menaces et alertes Ă  la bombe pour son concert parisien de juin 2014, torrent d’indignations aprĂšs son concert Ă  FrĂ©jus en premiĂšre de La Souris DĂ©glinguĂ©e en juillet 2015. Depuis des annĂ©es et dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale des « Charlie », la plupart des concerts de Black Metal et de rock identitaire sont organisĂ©s dans la clandestinitĂ© ou dĂ©noncĂ©s par les antifas, pendant que ceux du Hellfest sont subventionnĂ©s. Comme pour confirmer cette stratĂ©gie, tout rĂ©cemment et jamais en retard d’une dĂ©lation, La Horde s’en est prise aux groupes Lemovice et Peste Noire[7] Ă  l’audience plus confidentielle, mais nĂ©anmoins Ă©trangers aux idĂ©ologies mondialistes et rĂ©volutionnaires. Dans cette stratĂ©gie culturelle totalitaire, aucun espace ne doit rester aux musiques dissidentes.

Il ne s’agit pas de cautionner ou de promouvoir tel ou tel courant musical, mais d’empĂȘcher la destruction de compositions qui s’en prennent aux monopoles culturels de ceux qui veulent dĂ©truire notre identitĂ©. Car sans identitĂ© musicale propre, un peuple n’existe plus.

Thierry Bouzard

Chroniqueur musical à Présent

Auteur Des Chansons contre la pensée unique, éditions des cimes, 2014, 332 pages.

 

Notes

[1] http://lahorde.samizdat.net/2015/10/07/les-brigandes-rock-identitaire-francais-extreme-droite

[2] http://www.lepoint.fr/societe/qui-sont-les-brigandes-le-groupe-qui-emoustille-l-extreme-droite-25-02-2016-2020988_23.php

[3] http://lecomitedesalutpublic.com/documents/DROIT-DE-REPONSE-DES-BRIGANDES.pdf

[4] Rousseau Jean-Jacques, Dictionnaire de la musique, art Musique, in ƒuvres complĂštes, t. 5, Paris, Gallimard (La PlĂ©iade), 1995, p. 922. Rousseau cite l’exemple du pouvoir de guĂ©rison de la tarentule, suivant une opinion commune Ă  l’époque.

[5] http://www.arretsurimages.net/breves/2016-01-10/Ceremonie-Republique-une-place-a-moitie-vide-et-des-plans-serres-id19590

[6] http://www.grazia.fr/societe/phenomenes/articles/les-brigandes-le-groupe-de-filles-masquees-qui-assument-leur-cote-reac-en-cha-797320

[7] http://lahorde.samizdat.net/2016/04/15/nsbm-peste-noire-lemovice-wolfsangel

A propos de l'auteur

Thierry Bouzard

Journaliste, collaborateur du quotidien PrĂ©sent ; historien de la musique et de la chanson, a publiĂ© plusieurs ouvrages et recueils de chants. Il a animĂ© plus de cinq ans une Ă©mission musicale sur Radio Courtoisie et a participĂ© Ă  la rĂ©alisation de nombreux CD. Ce spĂ©cialiste rĂ©putĂ© (du chant militaire) de la musique militaire mĂšne une Ă©tude originale, complĂšte et approfondie des diffĂ©rentes musiques (rebelles) dissidentes, depuis l’apparition de la chanson engagĂ©e. Dernier livre paru : "Des chansons contre la pensĂ©e unique" (Ă©dition des cimes, 2014).

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