14 mars 2018

Repenser la Nation ?

Par Gilles Falavigna

Le gouvernement a commandé un rapport sur les « dérives identitaires ». Celui-ci, dit rapport Clavreul, met en lumière que la laïcité n’est pas respectée sur le territoire de la République.

Liberté Égalité fraternité

Le rapport Clavreul préconise un certain nombre de mesures, présentées comme fortes, pour réinstaurer la laïcité au cœur des Valeurs républicaines.

Ainsi, l’auteur, réputé proche de Manuel Valls et partisan d’une laïcité rigoureuse, propose de soumettre l’obtention de subvention pour les associations au respect d’une charte de laïcité ; de former tous les agents de la Fonction Publique ; d’évaluer les failles à la doctrine laïque… Face à une crise structurelle, des mesures particulièrement fortes comme nous pouvons le constater…

En effet, ces mesures sont si fortes que le Président de l’Observatoire de la Laïcité, Jean-Louis Bianco s’en est ému et conteste l’état des lieux. Les « dérives identitaires » auraient, au contraire, diminué durant le mandat Hollande, selon l’Observatoire, nous dit Le Monde.

Qui plus est, le rapport ne répondrait pas à la commande initiale du Ministère de l’intérieur.

Le problème méthodologique est toujours le même : Les politiques se chamaillent, sous couvert technique, sur les moyens d’obtenir un résultat supposé être une vérité absolue : la laïcité est le fédérateur de la Nation autour d’une identité qui est l’identité française.

Il y a, ou il n’y a pas, des dérives identitaires. Mais la vraie question est déjà de définir l’identité.

De cela, il ne sera jamais question. Nicolas Sarkozy, nouveau président de la République en 2007, promettait un débat sur l’identité. Le débat n’aura jamais lieu. En 2011, Alain Juppé est heureux d’annoncer que le sujet est définitivement clos et que : « maintenant on peut sans doute passer à autre chose, c’est-à-dire aux vraies préoccupations des Français » et de préciser : « L’emploi, le pouvoir d’achat et puis aussi la justice sociale. »

Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Ernest Renan a défini la Nation il y a plus d’un siècle : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes ». Il exprime ainsi une continuité dans un désir commun. Sa définition est la moins contestée.

Sur ce fondamental, je me remémore des soirées de discussions avec le Général Combette. Il était le Président du Comité de la Flamme de l’Arc de Triomphe, à l’époque où il m’a fait l’honneur de postfacer l’ouvrage « le nouvel art de la guerre ». Il m’expliquait que le souvenir doit passer pour laisser place à la mémoire. Nous ne pouvons construire la paix par la mémoire de la guerre, par la mémoire de ceux qui sont tombés pour nous, que si le souvenir intime est passé. La mémoire fait le deuil du souvenir.

Général Combette.

Général Combette.

De nouvelles générations d’enfants, issus des banlieues, viennent déposer des gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Qu’est-ce que cela représente pour eux ? Quel événement commémorent-ils ? Comment peuvent-ils s’identifier à leurs ancêtres les Gaulois ? Il y a un peu plus de 50 ans, 90 % de la population française était d’origine gauloise. Le Pacte Républicain permettait aux 10 % « non-gaulois » de s’intégrer.

Surtout, la Nation était une réalité vivante par une mémoire commune. La Nation intègre les différences d’individus qui la composent. Cela est possible par un dénominateur commun fort.

La Laïcité, par les valeurs qu’elle véhicule, peut jouer ce rôle de dénominateur commun. Mais ce n’est que de la théorie.

Lorsque les valeurs de la laïcité sont en opposition avec le constituant de l’identité d’un individu, le Pacte Républicain ne peut en aucune façon rassembler. Affirmer de manière incantatoire que les valeurs laïques sont supérieures aux autres parce qu’elles ouvrent à la paix est une double affirmation gratuite. Elle ne peut être sentie supérieure que par l’effacement de l’identité puis la paix n’est pas nécessairement l’absolu recherché, mis à part pour le discours des concours Miss France, bien sûr.

Renforcer la Laïcité de manière évangéliste ne peut aboutir qu’à un échec pour le vivre-ensemble car il n’y a pas de mémoire commune. Ce n’est pas elle qui est en cause. C’est la volonté de construire ensemble une même Nation.

L’exemple le plus flagrant pour justifier que la solution est ailleurs est celui de la communauté juive.

Quand la question juive a été posée de manière rationnelle, et ce fut sous Napoléon, l’objet de cette question, l’intégration à la Nation, fut reconnu sans réserve. Il n’est pourtant pas un peuple dont la relation à une terre autre que celle de France soit plus ancrée dans son existence. Il n’est pas un peuple qui ait, durant son histoire, autant souffert de sa relation avec son hôte. Il n’est pas un peuple autre que le peuple Juif qui ait autant un sens communautaire et qui ait autant le sens religieux.

Cette réussite tient à sa spécificité, bien sûr. Mais cela tient surtout à la volonté de partage. Denis de Rougemont affirmait qu’une civilisation meurt quand ses enfants demandent : « Que vais-je devenir ? » au lieu de demander « Que puis-je faire ? »

Les Juifs ont grandement participé à la construction de la France comme ils ont grandement participé à la construction de chaque pays. Ce n’est pas une conséquence de l’intégration. C’est une justification de l’intégration réussie.

La communauté juive est un modèle qui prouve que le vivre-ensemble ne dépend pas de valeurs morales imposées mais de concret pour construire la nation. Sans doute était-ce plus facile pour les Juifs. « Tu honoreras ton père » est la loi qui construit le Juif. Et ceci quelle que soit la considération du père pour son enfant. Nous sommes les enfants de la France, quoi qu’elle nous rende. Si nous avons le sens du Devoir, nos Droits sont secondaires, question de priorité.

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