Intervention d’Emmanuel Leroy au Colloque Centre culturel 15 octobre 2018 (fin)

Il peut paraĂźtre prĂ©somptueux, surtout ici, devant des citoyens russes, de poser cette question, mais si l’on se souvient de ce que disait Churchill lui-mĂȘme Ă  ce sujet, Ă  savoir que « la Russie Ă©tait un rĂ©bus enveloppĂ© de mystĂšre au sein d’une Ă©nigme », il n’est peut-ĂȘtre pas inutile d’ouvrir la matriochka pour essayer de voir ce qu’il y a dedans.

Je crois que la Russie a un rĂŽle essentiel Ă  jouer dans les annĂ©es qui viennent pour restaurer un Ă©quilibre dans le monde mais c’est un message qui est difficile Ă  faire passer car le tempĂ©rament russe est assurĂ©ment peu portĂ© Ă  l’universel, du moins tel que le conçoivent les Français ou les Anglo-Saxons.

Pourtant la Russie a dĂ©jĂ  par deux fois dans son existence, proclamĂ© sa vĂ©ritĂ© dans le monde. La premiĂšre fois, c’était au nom de la Sainte Alliance quand le Tsar Alexandre 1er tentait d’élever une digue contre les idĂ©es destructrices de la RĂ©volution française. La deuxiĂšme fois, et c’est un paradoxe, c’est au nom des idĂ©aux de cette mĂȘme RĂ©volution française que les bolcheviques rĂ©pandront sur la terre l’idĂ©al prolĂ©tarien.

On voit se dessiner en Russie, depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000 une vision du monde multipolaire et qui semble vouloir s’afficher comme une altĂ©ritĂ© Ă  l’idĂ©ologie occidentale.

Pour bien comprendre la rĂ©orientation de la Russie en ce dĂ©but de XXIe siĂšcle, il faut relire le discours fondamental de Vladimir Poutine Ă  Munich en fĂ©vrier 2007 qui entend mettre un terme Ă  l’unipolaritĂ© anglo-saxonne et qui rĂ©affirme une certaine conception westphalienne d’équilibre du monde.

VoilĂ  ce que dĂ©clarait le PrĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration de Russie : « J’estime que le monde unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est mĂȘme tout Ă  fait impossible. Non seulement parce que dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain [
] manquera de ressources militaro-politiques et Ă©conomiques, mais, et c’est encore plus important, ce modĂšle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et Ă©thique de la civilisation contemporaine ».

Dans ce discours, Vladimir Poutine remettait Ă©galement en cause la prĂ©tendue primautĂ© du droit Ă©tatsunien sur le droit international et dĂ©nonçait la volontĂ© des États-Unis d’empiĂ©ter dans les domaines rĂ©servĂ©s des autres États, notamment Ă  travers la sphĂšre juridique.

Mais contester le modĂšle occidental en lui opposant la multipolaritĂ© – qui n’est qu’un concept creux – n’est pas suffisant. Tant que l’économie et les institutions russes fonctionneront avec le moteur occidental de l’idĂ©ologie libĂ©rale, la Russie sera confrontĂ©e Ă  une contradiction interne qui sera mortelle Ă  terme.

À l’idĂ©ologie des droits de l’homme, il faut opposer la primautĂ© du droit des peuples.

Au libĂ©ralisme Ă©goĂŻste et destructeur qui ne favorise que l’oligarchie mondiale, il faut opposer l’interventionnisme de l’État souverain protecteur des plus faibles.

À la permissivitĂ© sans limite et Ă  la destruction des valeurs fondamentales des sociĂ©tĂ©s humaines, il faut opposer la protection de la famille et des valeurs traditionnelles, y compris religieuses.

Ces quelques exemples montrent bien que la nature de la guerre totale qui oppose aujourd’hui l’occident Ă  la Russie est bien culturelle et idĂ©ologique avant d’ĂȘtre militaire et je redoute fort que les conflits chauds ou tiĂšdes comme ceux de Syrie ou du Donbass et dans lesquels les Anglo-Saxons entraĂźnent la Russie aujourd’hui, ne soient que des leurres pour dissimuler le cheval de Troie que jour aprĂšs jour les Occidentaux mettent en place dans tout l’espace de la CEI.

Nous Ă©tions en ArmĂ©nie la semaine derniĂšre avec mon ami Jean-Michel Vernochet pour une sĂ©rie de confĂ©rences et de rencontres et nous avons pu mesurer la rĂ©alitĂ© de la prĂ©sence Ă©tatsunienne dans ce pays ex-soviĂ©tique oĂč ils ont installĂ© leur deuxiĂšme plus grande ambassade dans le monde aux confins de la Caspienne, de la Mer Noire et de la MĂ©diterranĂ©e : Pas un programme culturel ou archĂ©ologique sans la prĂ©sence du logo « USAID », pas un cafĂ© qui n’arbore fiĂšrement le sigle Coca-Cola et jusqu’à la BibliothĂšque nationale d’ArmĂ©nie qui abrite en son sein un « American Corner » oĂč sont diffusĂ©es, entre autres, les Ɠuvres de M. Brzezinski et de l’amiral Mahan. MĂȘme les Chinois sont prĂ©sents Ă  Erevan avec leur programme « China Aid ». Nous n’y avons pas vu de programme « Russia Aid » et dans ce pays qui comptait 100 % de russophones il y a un quart de siĂšcle, les jeunes gĂ©nĂ©rations ne parlent plus que l’anglais et dans moins d’un siĂšcle il n’y aura plus que quelques savants distinguĂ©s qui parleront encore la langue de Pouchkine.

Plus grave encore que ce que je viens de vous dĂ©crire en ArmĂ©nie, est la reconnaissance de l’Église autocĂ©phale d’Ukraine la semaine derniĂšre par le patriarcat de Constantinople. Il s’agit lĂ  encore d’une catastrophe gĂ©opolitique ou gĂ©oreligieuse majeure pour le monde slave. À quoi sert de vaincre militairement le terrorisme manipulĂ© par l’occident en Syrie quand le monde orthodoxe est menacĂ© d’un schisme majeur ?

Je voudrais achever cette intervention en formulant le vƓu que la Russie retrouve sa place, toute sa place dans le monde, notamment en reprenant la tĂȘte de file des pays non-alignĂ©s afin que se dresse contre la maladie occidentale une alliance de pays libres et souverains. La Russie pourrait proposer de remettre Ă  jour la Charte de La Havane de 1948 et d’y entraĂźner tous les peuples qui veulent sortir de la spirale mortifĂšre de l’idĂ©ologie anglo-saxonne. Quelques pays en Europe et dans le monde semblent aujourd’hui se rĂ©veiller et ĂȘtre prĂȘts Ă  sortir de l’état de vassalitĂ© et d’esclavage dans lequel ils sont plongĂ©s.

La Russie non seulement s’honorerait Ă  les y aider, mais ce faisant, j’en suis persuadĂ©, elle se sauverait elle-mĂȘme.

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