Intervention d’Emmanuel Leroy au Colloque Centre culturel 15 octobre 2018

Emmanuel Leroy.

Emmanuel Leroy.

 Avant d’aborder ce que serait aujourd’hui la vision du monde des hĂ©ritiers de Vladimir 1er, prince de Novgorod et Grand-Prince de la Rus’de Kiev, je crois nĂ©cessaire d’essayer de comprendre pourquoi la Russie est l’objet de tant de haine de la part des Ă©lites qui gouvernent l’occident.

RĂ©pondre Ă  cette question me paraĂźt important car souvent, trop souvent de mon point de vue, depuis le rĂšgne de Pierre le Grand, le pouvoir en Russie a eu tendance parfois, Ă  calquer sa politique en rĂ©action ou Ă  l’imitation de l’occident, sans percevoir toujours trĂšs clairement les forces vĂ©ritables qui sont Ă  l’Ɠuvre dans la vision du monde occidentale.

Cette tendance lourde a bien Ă©videmment favorisĂ© cette fameuse querelle opposant les slavophiles aux occidentalistes Ă  laquelle l’URSS n’a pas Ă©chappĂ©, et dans laquelle la Russie de Vladimir Poutine baigne encore, sĂ©parant deux visions du monde antagonistes qu’incarnent parfaitement aujourd’hui des personnalitĂ©s comme SergueĂŻ Glaziev pour le camp conservateur slavophile ou comme AlexeĂŻ Koudrine pour le camp libĂ©ral occidentaliste.

DĂ©finir ce que souhaite le camp libĂ©ral n’est pas trĂšs difficile, il nous suffit de regarder Ă  quoi ressemble l’occident aujourd’hui, Ă  savoir des sociĂ©tĂ©s oĂč toute notion de solidaritĂ© a disparu, oĂč l’argent rĂšgne en maĂźtre, oĂč l’homosexualitĂ© et le mariage pour tous sont promus comme une norme, et oĂč l’on augmente l’ñge de la retraite tout en ouvrant les vannes de l’immigration au lieu de promouvoir la natalitĂ©.

La faction libĂ©rale en Russie est pratiquement absente du champ Ă©lectoral comme on l’a vu ces derniĂšres annĂ©es avec les rĂ©sultats du parti Iabloko mais elle est en revanche surreprĂ©sentĂ©e dans les mĂ©dias – contrairement Ă  ce que l’on pense en occident – dans la sphĂšre Ă©conomique et au sein du gouvernement oĂč aux cĂŽtĂ©s du Premier ministre siĂšgent d’autres ministres qui ont parfaitement intĂ©grĂ© la thĂ©orie de la « main invisible » dans leur vision du monde.

Il est plus difficile de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment ce que souhaitent les conservateurs russes car il y a plusieurs approches possibles du conservatisme : Il y a celle incarnĂ©e par le club Stolypine de M. Glaziev qui au rebours des idĂ©es libĂ©rales d’Adam Smith souhaiterait un État interventionniste sur le modĂšle de l’Allemagne de Bismarck influencĂ©e par les idĂ©es de Friedrich List et de son « protectionnisme Ă©ducateur ». Il existe aussi un conservatisme slaviste que l’on pourrait qualifier de social-chrĂ©tien et qui s’inspire d’auteurs comme Berdiaev, Soloviev, Iline, DostoĂŻevsky ou encore Soljenytsine mais qui ne semble pas avoir trouvĂ© de traduction politique dans le paysage russe contemporain. Et il existe enfin, grand paradoxe, un conservatisme communiste dont la permanence peut s’analyser non seulement comme une rĂ©action aux dĂ©rives libĂ©rales de la Russie sous Boris Eltsine, mais Ă©galement comme un contrepoids Ă  l’hĂ©gĂ©monie du parti majoritaire – lorsque celui-ci est perçu comme trop libĂ©ral – comme on vient de le voir rĂ©cemment Ă  Vladivostok.

Autre paradoxe de la sociĂ©tĂ© russe contemporaine est celui incarnĂ© dans les plus hautes sphĂšres de l’État oĂč est promue une vision conservatrice et multipolaire du monde, en rĂ©action Ă  la vision unipolaire et totalitaire de l’occident, tout en ayant conservĂ© au plan institutionnel une constitution occidentalo-compatible hĂ©ritĂ©e des annĂ©es Eltsine et permettant sur le plan Ă©conomique la mise en place d’une praxis ultra-libĂ©rale que ne dĂ©savouerait pas l’École de Chicago. Il s’agit lĂ  d’une contradiction idĂ©ologique majeure que la Russie devra trancher tĂŽt ou tard, et le plus tĂŽt dans l’intĂ©rĂȘt du peuple russe lui-mĂȘme sera le mieux.

Pour mieux comprendre en quoi la Russie d’aujourd’hui incarne, presque malgrĂ© elle, l’opposition absolue au systĂšme occidental, il faut se pencher sur les origines profondes de la russophobie et nous essayerons de rĂ©pondre dans une deuxiĂšme partie Ă  la question dĂ©licate « Que veut faire la Russie ? »

(deuxiÚme partie publiée demain).

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