Le gouvernement a commandĂ© un rapport sur les « dĂ©rives identitaires ». Celui-ci, dit rapport Clavreul, met en lumiĂšre que la laĂŻcitĂ© n’est pas respectĂ©e sur le territoire de la RĂ©publique.

LibertĂ© ÉgalitĂ© fraternitĂ©

Le rapport Clavreul prĂ©conise un certain nombre de mesures, prĂ©sentĂ©es comme fortes, pour rĂ©instaurer la laĂŻcitĂ© au cƓur des Valeurs rĂ©publicaines.

Ainsi, l’auteur, rĂ©putĂ© proche de Manuel Valls et partisan d’une laĂŻcitĂ© rigoureuse, propose de soumettre l’obtention de subvention pour les associations au respect d’une charte de laĂŻcité ; de former tous les agents de la Fonction Publique ; d’évaluer les failles Ă  la doctrine laĂŻque
 Face Ă  une crise structurelle, des mesures particuliĂšrement fortes comme nous pouvons le constater


En effet, ces mesures sont si fortes que le PrĂ©sident de l’Observatoire de la LaĂŻcitĂ©, Jean-Louis Bianco s’en est Ă©mu et conteste l’état des lieux. Les « dĂ©rives identitaires » auraient, au contraire, diminuĂ© durant le mandat Hollande, selon l’Observatoire, nous dit Le Monde.

Qui plus est, le rapport ne rĂ©pondrait pas Ă  la commande initiale du MinistĂšre de l’intĂ©rieur.

Le problĂšme mĂ©thodologique est toujours le mĂȘme : Les politiques se chamaillent, sous couvert technique, sur les moyens d’obtenir un rĂ©sultat supposĂ© ĂȘtre une vĂ©ritĂ© absolue : la laĂŻcitĂ© est le fĂ©dĂ©rateur de la Nation autour d’une identitĂ© qui est l’identitĂ© française.

Il y a, ou il n’y a pas, des dĂ©rives identitaires. Mais la vraie question est dĂ©jĂ  de dĂ©finir l’identitĂ©.

De cela, il ne sera jamais question. Nicolas Sarkozy, nouveau prĂ©sident de la RĂ©publique en 2007, promettait un dĂ©bat sur l’identitĂ©. Le dĂ©bat n’aura jamais lieu. En 2011, Alain JuppĂ© est heureux d’annoncer que le sujet est dĂ©finitivement clos et que : « maintenant on peut sans doute passer Ă  autre chose, c’est-Ă -dire aux vraies prĂ©occupations des Français » et de prĂ©ciser : « L’emploi, le pouvoir d’achat et puis aussi la justice sociale. »

Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Ernest Renan a dĂ©fini la Nation il y a plus d’un siĂšcle : « Nous sommes ce que vous fĂ»tes ; nous serons ce que vous ĂȘtes ». Il exprime ainsi une continuitĂ© dans un dĂ©sir commun. Sa dĂ©finition est la moins contestĂ©e.

Sur ce fondamental, je me remĂ©more des soirĂ©es de discussions avec le GĂ©nĂ©ral Combette. Il Ă©tait le PrĂ©sident du ComitĂ© de la Flamme de l’Arc de Triomphe, Ă  l’époque oĂč il m’a fait l’honneur de postfacer l’ouvrage « le nouvel art de la guerre ». Il m’expliquait que le souvenir doit passer pour laisser place Ă  la mĂ©moire. Nous ne pouvons construire la paix par la mĂ©moire de la guerre, par la mĂ©moire de ceux qui sont tombĂ©s pour nous, que si le souvenir intime est passĂ©. La mĂ©moire fait le deuil du souvenir.

Général Combette.

Général Combette.

De nouvelles gĂ©nĂ©rations d’enfants, issus des banlieues, viennent dĂ©poser des gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Qu’est-ce que cela reprĂ©sente pour eux ? Quel Ă©vĂ©nement commĂ©morent-ils ? Comment peuvent-ils s’identifier Ă  leurs ancĂȘtres les Gaulois ? Il y a un peu plus de 50 ans, 90 % de la population française Ă©tait d’origine gauloise. Le Pacte RĂ©publicain permettait aux 10 % « non-gaulois » de s’intĂ©grer.

Surtout, la Nation Ă©tait une rĂ©alitĂ© vivante par une mĂ©moire commune. La Nation intĂšgre les diffĂ©rences d’individus qui la composent. Cela est possible par un dĂ©nominateur commun fort.

La LaĂŻcitĂ©, par les valeurs qu’elle vĂ©hicule, peut jouer ce rĂŽle de dĂ©nominateur commun. Mais ce n’est que de la thĂ©orie.

Lorsque les valeurs de la laĂŻcitĂ© sont en opposition avec le constituant de l’identitĂ© d’un individu, le Pacte RĂ©publicain ne peut en aucune façon rassembler. Affirmer de maniĂšre incantatoire que les valeurs laĂŻques sont supĂ©rieures aux autres parce qu’elles ouvrent Ă  la paix est une double affirmation gratuite. Elle ne peut ĂȘtre sentie supĂ©rieure que par l’effacement de l’identitĂ© puis la paix n’est pas nĂ©cessairement l’absolu recherchĂ©, mis Ă  part pour le discours des concours Miss France, bien sĂ»r.

Renforcer la LaĂŻcitĂ© de maniĂšre Ă©vangĂ©liste ne peut aboutir qu’à un Ă©chec pour le vivre-ensemble car il n’y a pas de mĂ©moire commune. Ce n’est pas elle qui est en cause. C’est la volontĂ© de construire ensemble une mĂȘme Nation.

L’exemple le plus flagrant pour justifier que la solution est ailleurs est celui de la communautĂ© juive.

Quand la question juive a Ă©tĂ© posĂ©e de maniĂšre rationnelle, et ce fut sous NapolĂ©on, l’objet de cette question, l’intĂ©gration Ă  la Nation, fut reconnu sans rĂ©serve. Il n’est pourtant pas un peuple dont la relation Ă  une terre autre que celle de France soit plus ancrĂ©e dans son existence. Il n’est pas un peuple qui ait, durant son histoire, autant souffert de sa relation avec son hĂŽte. Il n’est pas un peuple autre que le peuple Juif qui ait autant un sens communautaire et qui ait autant le sens religieux.

Cette rĂ©ussite tient Ă  sa spĂ©cificitĂ©, bien sĂ»r. Mais cela tient surtout Ă  la volontĂ© de partage. Denis de Rougemont affirmait qu’une civilisation meurt quand ses enfants demandent : « Que vais-je devenir ? » au lieu de demander « Que puis-je faire ? »

Les Juifs ont grandement participĂ© Ă  la construction de la France comme ils ont grandement participĂ© Ă  la construction de chaque pays. Ce n’est pas une consĂ©quence de l’intĂ©gration. C’est une justification de l’intĂ©gration rĂ©ussie.

La communautĂ© juive est un modĂšle qui prouve que le vivre-ensemble ne dĂ©pend pas de valeurs morales imposĂ©es mais de concret pour construire la nation. Sans doute Ă©tait-ce plus facile pour les Juifs. « Tu honoreras ton pĂšre » est la loi qui construit le Juif. Et ceci quelle que soit la considĂ©ration du pĂšre pour son enfant. Nous sommes les enfants de la France, quoi qu’elle nous rende. Si nous avons le sens du Devoir, nos Droits sont secondaires, question de prioritĂ©.

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