Existe-t-il une thĂ©orie typiquement, originalement, authentiquement maurrassienne de l’autorité ? Plus prĂ©cisĂ©ment, Maurras, a-t-il Ă©difiĂ©, proprio motu et pro domo, une doctrine singuliĂšre de l’autorité ? Sans doute est-il hardi d’affirmer que le MartĂ©gal sut – et eut mĂȘme comme ambition ou objectif de – forger sa propre notion de l’autoritĂ©, lĂ  oĂč tant d’autres avant lui, de Platon Ă  Hobbes, d’Aristote Ă  Locke, de Machiavel Ă  Max Weber, s’y sont essayĂ©s au point d’y consacrer l’effort intellectuel de toute une vie.

Charles Maurras sur la terrasse de son jardin.

Charles Maurras sur la terrasse de son jardin.

À vrai dire, Maurras n’a jamais prĂ©tendu apporter sa plus petite pierre Ă  un Ă©difice politique et philosophique qui lui prĂ©existait en majestĂ© depuis l’AntiquitĂ©. L’autoritĂ© coulait de source en ce que nul ordre politique ne peut valablement durer et perdurer s’il ne repose sur ce minimum minimorum vital. Comme l’écrit le philosophe Chantal Delsol, « l’autoritĂ© est indispensable Ă  toute sociĂ©tĂ© ordonnĂ©e » [1].

Maurras ne cherche donc pas Ă  inventer ce qui existe dĂ©jĂ  et reprend Ă  son compte les acquis d’un terrain conceptuel prĂ©alablement et antĂ©rieurement dĂ©frichĂ©. Mieux, l’écrivain rattache sa conception de l’autoritĂ© aux donnĂ©es de l’expĂ©rience l’amenant ainsi Ă  constater que « l’autoritĂ© est ». Cette autoritĂ© est dĂ©duite de l’empirisme organisateur, seule voie d’accĂšs mĂ©thodologique Ă  une certaine vĂ©ritĂ© politique.

L’on commencera par dĂ©finir le concept d’autoritĂ© en affirmant d’emblĂ©e qu’elle relĂšve d’une aptitude davantage que d’une institution donnĂ©e mĂȘme si celle-ci peut avantageusement contribuer Ă  en accentuer les traits ou en amplifier la portĂ©e. De facto, l’autoritĂ© se rĂ©vĂšle dans sa pleine lumiĂšre lorsqu’elle est dirigĂ©e vers ceux sur lesquels elle est censĂ©e s’exercer. L’autoritĂ© suppose donc un rapport de domination mais elle jaillit moins de celui qui en est apparemment la source que de cette confrontation entre un supĂ©rieur et des subordonnĂ©s. Pour le dire autrement, ces derniers peuvent reconnaĂźtre le premier comme douĂ© naturellement d’autoritĂ© (charisme) quand celui-ci peut, au contraire, chercher Ă  l’imposer en rĂ©clamant, en raison, une obĂ©issance qui ne viendrait pas spontanĂ©ment.

Dans l’ordre politique, « alors que le pouvoir repose sur la lĂ©galitĂ©, l’autoritĂ© repose sur la lĂ©gitimitĂ©, c’est-Ă -dire l’acceptation » affirme Chantal Delsol[2]. Cette acceptation fait, dans notre propos, figure de rĂ©signation. Mais s’incliner devant l’autoritĂ©, consentir, bon grĂ© mal grĂ©, Ă  celle-ci s’est Ă©galement consentir Ă  ĂȘtre obĂ©i, se rĂ©soudre au commandement, comme l’observait Aristote : « c’est donc lĂ  l’autoritĂ© politique Ă  laquelle le futur magistrat doit se former en obĂ©issant d’abord lui-mĂȘme, de mĂȘme qu’on apprend Ă  commander un corps de cavalerie, en Ă©tant simple cavalier ; Ă  ĂȘtre gĂ©nĂ©ral, en exĂ©cutant les ordres d’un gĂ©nĂ©ral ; Ă  conduire une phalange, un bataillon, en servant comme soldat dans l’une et dans l’autre. C’est donc dans ce sens qu’il est juste de soutenir que la seule et vĂ©ritable Ă©cole du commandement, c’est l’obĂ©issance. » [3]

En d’autres termes, commandement et obĂ©issance sont inhĂ©rents Ă  la sociĂ©tĂ©, « l’autoritĂ© politique est une exigence coextensive Ă  la sociĂ©tĂ©, que l’on ne peut remettre en cause sans remettre en cause la sociĂ©tĂ© elle-mĂȘme », observe encore Chantal Delsol. [4]

C’est dans cette perspective aristotĂ©licienne que doit se comprendre l’autoritĂ© selon Maurras. Fait social naturel, elle ne dĂ©pend d’aucun contrat, puisqu’elle est antĂ©rieure Ă  l’homme, non pas chronologiquement mais parce que le surplombant comme le premier des dĂ©terminismes politiques. Telle est la nature maurrassienne de l’autoritĂ© fondĂ©e sur l’animalitĂ© sociale de l’homme. Ce faisant, l’autoritĂ© poursuit une fin qui est celle de l’ordre social. L’autoritĂ© ne se conjugue pas au despotisme des modernes mais Ă  la libertĂ© des anciens, voire aux libertĂ©s traditionnelles. Chez Maurras, l’autoritĂ© est une propriĂ©tĂ© de nature proprement ontologique. Elle participe de l’essence de l’homme. Elle est, dans son dessein plus large, la politique naturelle. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire et mĂ©diter son indĂ©passable « politique naturelle ».

L’autoritĂ© est un bienfait qui ne dĂ©ploie ses effets que sous le couvert d’une inĂ©galitĂ© protectrice Ă  l’abri de laquelle s’épanouit toute libertĂ© humaine. L’ordre social n’est lĂ©gitime que dans la mesure oĂč l’autoritĂ© assure la premiĂšre de ses missions, celle de la justice. TournĂ©e vers le salut public, elle peut prĂ©tendre Ă  sa lĂ©gitime dignitĂ©.

On peut tenter ici d’exposer les trois fonctions reconstruites de l’autoritĂ©, telles qu’apprĂ©hendĂ©es par Maurras dans son Ɠuvre. D’une part, l’ordre social, principale finalitĂ© de l’autoritĂ©, ne peut tolĂ©rer des ferments de dĂ©sordres. D’oĂč, le rejet des États dans l’État, que l’on dĂ©nommerait aujourd’hui « communautarismes ». D’autre part, l’ordre Ă©tant le contraire de l’anarchie, l’autoritĂ© ne peut ĂȘtre que fondĂ©e en raison et non sur le sentimentalisme romantique. Enfin, l’autoritĂ© ne sera pleinement lĂ©gitime (acceptĂ©e) que si l’ordre politique est dĂ©centralisĂ©, attendu que le fĂ©dĂ©ralisme est la mĂ©tonymie des libertĂ©s. AutoritĂ© et libertĂ© vont donc nĂ©cessairement de pair. Dans cette optique, Maurras assignait Ă  l’autoritĂ© deux fonctions concomitantes, leur pleine et entiĂšre rĂ©alisation constituant le prĂ©alable Ă  l’exercice des libertĂ©s rĂ©elles.

L’autoritĂ© bien comprise ne peut s’accommoder d’avatars concurrents, au risque de s’affaiblir et de manquer sa cible. De la mĂȘme façon, ne peut-elle que s’accorder sur des rĂ©alitĂ©s, loin de tout sentimentalisme romantique. L’autoritĂ© en haut, les libertĂ©s en bas. Par cet aphorisme, Maurras rĂ©sumait sa conception de toujours de la France monarchique : « C’est au second Ă©tage de l’hĂŽtel de ville de Martigues, en feuilletant les vieux registres des archives municipales, que j’ai appris Ă  rendre justice Ă  notre passĂ©. [
] C’est lĂ  que je me suis senti ĂȘtre dĂ©finitivement ce que j’avais toujours Ă©té : rĂ©publicain municipal, fĂ©dĂ©raliste provincial et, pour la direction de la Patrie française, trĂšs passionnĂ©ment royaliste  » [5].

Notes

(1) L’autoritĂ©, PUF, Paris, 1994, p. 24.

(2) L’autoritĂ©, op.cit., p. 26.

(3) Politique, III, 4, 1277 b.

(4) L’autoritĂ©, op.cit., p. 55.
(5) L’Étang de Berre, Librairie ancienne Édouard Champion, Paris, 1920, p. 44.

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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de trois essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa). et Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en (PrĂ©face de Pierre Le Vigan).

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