Il est vrai, j’ose l’avouer, chez Hugo je n’ai jamais aimĂ© l’homme. Pourquoi ? Je doute plus que jamais de son honnĂȘtetĂ© intellectuelle et de la pertinence de la plupart de ses sentences. Ainsi lorsqu’il affirme que le ProgrĂšs est « la marche du mal au bien, de l’injuste au juste, du faux au vrai, de la nuit au jour  », je crois ĂȘtre en droit de penser qu’il prend vraiment les canards sauvages pour des enfants du Bon Dieu. Lui qui aimait tant faire tourner les tables en bourrique, j’inviterais volontiers son brillant esprit Ă  s’installer aujourd’hui autour du fameux guĂ©ridon frappeur pour goĂ»ter aux fruits de ce ProgrĂšs rĂ©dempteur, dĂ©battre de leur saveur et plus encore de leur valeur nutritive.

Victor Hugo.

Victor Hugo.

Est-ce un tel progrĂšs qu’on se doit d’aimer bien plus qu’hier et bien moins que demain ? Est-ce mĂȘme progrĂšs ce qui conduit ses admirateurs les plus passionnĂ©s Ă  faire du passĂ© table rase et par le fait mĂȘme Ă  jeter le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain.

Le prĂ©fet Suleau (1793-1871) qui s’était posĂ© les mĂȘmes questions, dĂ©nonçait la remise en question permanente des institutions au nom d’un hypothĂ©tique progrĂšs : « Ce funeste systĂšme de perfectibilitĂ©, toujours croissante et indĂ©finie n’est [
] qu’un vain rĂȘve de l’orgueil. [
] SinguliĂšre prĂ©tention d’un siĂšcle [
] de vouloir s’arroger sur les autres siĂšcles celle d’une supĂ©rioritĂ© exclusive. »

Orgueil, prĂ©tention, certes, mais aussi stupiditĂ©. Comment se croire capable de transformer l’essence mĂȘme de l’Homme. N’est-ce pas Raymond Devos qui l’exprimait de sa rĂ©jouissante maniĂšre : « Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dĂ©passer. Et moi, comme un imbĂ©cile, je marche. »

Vers quoi ? Vers l’horizon flamboyant des lendemains qui chantent ! En ĂȘtes-vous si sĂ»r ? Comme me le faisait sagement remarquer naguĂšre un grenadier voltigeur de l’Infanterie de marine « L’horizon, c’est quelque chose qui recule quand on avance ». Eh oui, ce marsouin Ă©tait dotĂ© d’un gros bon sens paysan. GrĂące Ă  Dieu, l’aile de la dĂ©esse Raison ne l’avait pas mĂȘme effleurĂ©.

Le marquis de Fontanes (1757-1821) adepte lui aussi d’un bon sens dĂ©jĂ  mis Ă  mal par les utopies RĂ©volutionnaires, affirmait que le seul art de la politique, le vrai, remontait Ă  la plus haute antiquitĂ©. Il consistait tout simplement Ă  « conserver et Ă  perfectionner » et Ă  se mĂ©fier de cette audace qui en la circonstance, ne fait que dĂ©truire. Il stigmatisait ainsi la confusion rĂ©dhibitoire des novateurs : « Leur premiĂšre erreur vient de ce qu’ils confondent les progrĂšs des sciences naturelles avec ceux de la morale et de l’art de gouverner. Rien n’a moins de ressemblance ». Pourtant Einstein, bĂ©nĂ©ficiant il est vrai d’un tout autre recul scientifique, complĂ©tera ce point de vue dĂ©jĂ  iconoclaste par une comparaison pour le moins violente : « Le progrĂšs technique est comme une hache qu’on aurait mise dans la main d’un psychopathe. »

Faire table rase du passé ? C’est non seulement le dĂ©truire, mais considĂ©rer qu’il n’a apportĂ© que le Mal, propagĂ© par les coutumes et les traditions toutes plus malfaisantes les unes que les autres. C’est ce que Condorcet promeut en usant d’un sophisme : le recours quasi thĂ©rapeutique Ă  une raison postulĂ©e infaillible. C’est de ce fait le triomphe de l’abstraction. Pourtant le juriste se doit de contester ce raisonnement fallacieux car il sait que les lois ne peuvent provenir de la seule raison et qu’elles naissent le plus souvent des mƓurs qui leur donnent leur lĂ©gitimitĂ©.

La RĂ©volution française en totĂ©misant la Raison a conduit tout naturellement Ă  la tyrannie et la barbarie. C’est ce qui inspirera Goya pour sa gravure Ă©voquant le sommeil de ladite dĂ©esse hantĂ© par des rĂȘves cauchemardesques peuplĂ©s de monstres.

Et que dire de cette propension qu’ont nos contemporains Ă  confondre progrĂšs et nouveauté !

Avec l’ñge je n’hĂ©site pas Ă  faire mien les propos d’anciens camarades tombĂ©s dans l’oubli. Comment contredire ce bon vieil EcclĂ©siaste lorsqu’il affirme que « VanitĂ© des vanitĂ©s, tout est vanité » ou encore ce farceur de LĂ©on Bloy qui confie privilĂ©gier une source d’information inattendue : « Quand je veux savoir les derniĂšres nouvelles, je lis Saint Paul ». Ce que tendrait Ă  confirmer un autre plaisantin, Charles PĂ©guy : « HomĂšre est nouveau ce matin, et rien n’est peut-ĂȘtre aussi vieux que le journal d’aujourd’hui. »

Quand je vois mes petits-enfants tripoter leurs toutes nouvelles tablettes en vantant les mĂ©rites de ce progrĂšs qui soit dit en passant rendra obsolĂšte leur « pure merveille technologique » dĂšs l’annĂ©e prochaine, je ne peux que me rĂ©jouir d’ĂȘtre un vieux croĂ»ton.

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