Amorçant la descente de son appareil, le pilote annonce un temps estival sur Wroclaw. Ou Breslau en allemand ou encore Vratislavie. Pour ma part, j’aime assez cette derniùre appellation. C’est la deuxiùme fois que je me rends dans ce pays.

À l’aĂ©roport Nicolas Copernic, je suis accueilli par Jozef et Ludwik. Le premier est prĂ©sident de Koliber, un think tank libĂ©ral-conservateur influent dans le pays. Le second est trĂšs impliquĂ© dans les milieux identitaires polonais. C’est lui qui nous sert d’interprĂšte. Koliber, m’assure Jozef, a formĂ© des gens de l’actuel gouvernement PiS, Droit et Justice.

Dans la voiture qui nous conduit au cƓur de la ville, Ă  une demi-heure d’ici, la discussion s’engage sur divers sujets relatifs Ă  la politique europĂ©enne, le positionnement de la France par rapport Ă  Varsovie
 J’évoque la nĂ©cessitĂ© de jeter des ponts entre pays europĂ©ens dont les peuples s’élĂšvent peu Ă  peu contre les oukases immigrationnistes germano-bruxellois. Je plaide pour une solidaritĂ© entre nos pays d’oĂč sortirait peut-ĂȘtre une alternative Ă  cet improbable Babel europĂ©iste broyeur des peuples. Je fais part Ă  mes hĂŽtes de la sourde angoisse qui Ă©treint mes compatriotes de se voir progressivement substituĂ©s par des populations allogĂšnes de plus en plus invasives. Ils opinent du chef, compatissants mais semblant peu concernĂ©s par ce problĂšme.

Le temps passe et nous voilĂ  dĂ©jĂ  arrivĂ©s devant mon hĂŽtel. Nous convenons de nous retrouver dans le hall dans une heure. Deux heures plus tard, nous sommes attablĂ©s Ă  la terrasse d’un cafĂ©, face au somptueux hĂŽtel de ville, chef-d’Ɠuvre de l’architecture gothique de la fin du XIIIe siĂšcle, avec son beffroi haut de 44 mĂštres. Ludwik me fait remarquer qu’en Pologne, la population est encore ethniquement homogĂšne. C’est patent, en effet. Les problĂšmes migratoires que nous pouvons rencontrer en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, ne constituent pas, ici, une prioritĂ©.

Je leur parle du groupe de Visegrad dont leur pays fait partie. Ils considĂšrent que ce qui les rassemble est plus important que ce qui les sĂ©pare, malgrĂ© des dĂ©buts plutĂŽt chaotiques, comme je ne peux m’empĂȘcher de le leur faire observer. Ils m’interrogent sur Marine le Pen qu’ils paraissent admirer, mais qui est assez peu connue en Pologne, hormis ce qu’en disent les mĂ©dias dressant un portrait peu flatteur de la patronne du FN.

Sans ambages, je leur confie qu’elle est beaucoup moins talentueuse que son pĂšre et surtout trop socialisante. C’est alors qu’ils m’avouent que leur PiS est peu ou prou un FN polonais. Ainsi, me font-ils part des derniĂšres mesures Ă©dictĂ©es par le gouvernement de Beata Szydlo en faveur des familles les plus dĂ©munies. Ils estiment que cette politique d’assistance sans contrepartie corrompt l’esprit d’entreprise et d’initiative.

Le soir, nous dĂźnons dans un endroit mythique de la ville comme de l’ensemble du pays : le Konspira. Jozef me susurre sur le ton de la confidence que tous les identitaires de Wroclaw s’y retrouvent, surtout depuis qu’il a Ă©tĂ© rachetĂ© par un membre actuel du gouvernement polonais. Mais surtout, prĂ©cise Ludwik, avant d’ĂȘtre un restaurant, cette maison d’angle au toit voĂ»tĂ©, abritait la conspiration la plus cĂ©lĂšbre du pays, celle qui allait bouleverser son histoire : la crĂ©ation du mouvement anticommuniste, SolidaritĂ© de combat, plus connu Ă  l’Ouest sous son appellation idiomatique, Solidarnosc.

Le lendemain, nous nous retrouvons prĂšs de l’universitĂ©, pour tenter d’échafauder une association d’amitiĂ© franco-polonaise sur une base identitaire et solidariste. Ils ont parfaitement conscience que le patrimoine historique et spirituel de leur pays est menacĂ©, autant par une UE uniformisatrice que par le mondialisme Ă  la sauce amĂ©ricaine qui, via l’OTAN, leur impose des standards diplomatiques plutĂŽt curieux. Ils m’apprennent, par exemple, que les États-Unis poussent aux investissements chinois en Pologne comme chez ses voisins pour affaiblir la Russie.

Il est temps de nous quitter en nous promettant de faire fructifier cette alliance embryonnaire entre nos deux nations. Jozef me propose de l’accompagner Ă  la messe Ă  l’église universitaire du TrĂšs saint Nom de JĂ©sus. Impressionnante par son dĂ©cor baroque surchargĂ©. J’ai peine Ă  croire ce que je vois. Une foule compactĂ©e assiste Ă  l’office. Un dimanche ordinaire. Tous Ăąges. J’en suis Ă©mu et je pense Ă  ma France dont les Ă©glises se vident dĂ©sespĂ©rĂ©ment. Je me dis aussi que la renaissance spirituelle europĂ©enne peut venir de l’Est. Je pense Ă  Soljenitsyne. L’avion est dĂ©jĂ  haut, Wroclaw n’est plus qu’un point minuscule