« L’homme ne cessera pas de questionner,
Ă©tant parfois conscient qu’il est lui-mĂȘme une Ă©nigme »

Entretien avec Maurice Bonnet, auteur de RĂ©flexions sur la mort (Ă©ditions Dualpha)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

 

Maurice Bonnet, Il y a deux ans, dans votre EnquĂȘte sur le destin (Ă©ditions L’Æncre), vous faisiez dĂ©jĂ  Ă  la mort une large place ; aujourd’hui, vous livrez aux lecteurs vos « rĂ©flexions sur la mort », est-ce pour vous un sujet dominant ?

Dominant, peut-ĂȘtre pas, mais important assurĂ©ment, et depuis longtemps. J’en ai parlĂ© aussi dans PrĂ©cis de recomposition (chez Via Romana). À lire des auteurs, Ă  consulter les philosophes Ă  travers les Ăąges, c’est loin d’ĂȘtre une exclusivitĂ©. Personne n’échappe Ă  la pensĂ©e de l’échĂ©ance finale, mais, en gĂ©nĂ©ral, on ne s’y attarde pas, on prĂ©fĂšre se plonger dans le travail, l’aventure et les divertissements qui abondent. Tous les prĂ©textes sont bons pour y Ă©chapper, consciemment ou non.

Alors quelle est votre démarche personnelle ?

Je n’aime pas les Ă©chappatoires. Comment se dispenser d’affronter un sujet aussi grave ? On voit bien que la mort est le point d’achĂšvement, la conclusion nĂ©cessaire de toute vie. Il faut partir de lĂ , ce qui, d’ailleurs, nous rappelle que le mystĂšre premier, majeur, c’est la vie ! La vie, cette survenance bizarre qui s’inscrit dans une stricte durĂ©e entre deux points extrĂȘmes, la naissance et la mort, c’est-Ă -dire qu’à premiĂšre vue nous ne faisons qu’aller d’un rien Ă  un autre rien. J’ai concentrĂ© mon attention sur l’infaillible disparition qui nous guette en tant que simple tĂ©moin et future victime. Mais aussi, comme l’indique mon sous-titre « La vie, ce qu’on y trouve, et comme on en sort », aprĂšs m’ĂȘtre intĂ©ressĂ© au « baisser de rideau », j’ai abordĂ© un grand nombre de sujets qui nous occupent du temps que nous vivons. C’est le contraste qui est saisissant entre les tĂ©nĂšbres finales et le spectacle du monde, entre d’un cĂŽtĂ© le mouvement, les passions, intĂ©rĂȘts, pensĂ©es qui nous occupent ou nous agitent, et de l’autre ce vide inconcevable. Dans les derniers moments, tout ce qui semblait compter a perdu tout attrait, peut sembler dĂ©risoire, et rĂ©sonne peut-ĂȘtre aux oreilles le mot de l’EcclĂ©siaste : VanitĂ©s des vanitĂ©s, tout n’est que vanité 

C’est une vision trùs pessimiste, non ?

Je m’efforce Ă  la clairvoyance. Vous connaissez le mot de Paul ValĂ©ry, « voir clair, c’est voir noir ! » C’est une bonne formule, quoique sans doute un peu trop pĂ©remptoire, mais c’est le cas de tous les aphorismes. D’ailleurs, je profite de l’occasion pour rĂ©gler leur compte aux qualificatifs d’optimiste et de pessimiste qui sont des mots piĂ©gĂ©s portant Ă  la caricature. Il est certain que l’optimiste Ă  tous crins est d’une grande niaiserie, mais le pessimiste intĂ©gral n’est pas moins idiot. Quant Ă  moi, je prĂ©fĂšre toujours prĂ©voir le pire, sans rien exclure d’autre, ce qui me donne souvent la bonne surprise d’ĂȘtre dĂ©menti.

Quelles conclusions tirez-vous de vos observations et réflexions ?

Aucune. Il y a des gens qui Ă©crivent des livres dans l’intention de dĂ©montrer quelque chose, de soutenir une thĂšse, bref, avec une intention prĂ©conçue. Mon Ă©criture Ă  moi est le plus souvent exploratoire, je m’aventure pour essayer de comprendre.

C’est pour cela sans doute que dans les divers textes rĂ©unis dans ce livre vous vous impliquez, recourant Ă  votre propre expĂ©rience ?

Comme le disait Montaigne, ce qu’on peut connaĂźtre le mieux c’est soi-mĂȘme et nous sommes par la pensĂ©e notre premier moyen de connaissance pour tout le reste. L’objectivitĂ© pure est un leurre. Donc, je m’efforce d’approfondir, j’ouvre des perspectives, mais ne prĂ©tends rĂ©soudre aucun problĂšme. La vie, la mort demeureront Ă  jamais des Ă©nigmes ; dire qu’on en a dĂ©couvert la clĂ© serait prĂ©somptueux et surtout absurde. Mais la reprĂ©sentation de tout cela est bien intĂ©ressante. L’homme ne cessera pas de questionner, Ă©tant parfois conscient qu’il est lui-mĂȘme une Ă©nigme.

RĂ©flexions sur la mort, Maurice Bonnet, Éditions Dualpha, collection « Patrimoine des hĂ©ritages », 224 pages, 25 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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