Les naturalisations de la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration : la naturalisation ne doit pas dĂ©pendre du nombre d’annĂ©es ou de gĂ©nĂ©rations.

Une naturalisation exigeante, Ă  moyen et long terme, est le meilleur moyen d’éviter les effets destructeurs d’une politique  bisounours et incontrĂŽlĂ©e de l’immigration.

Un patriotisme naturel et sain est le meilleur antidote contre le nationalisme destructeur et meurtrier.

Il n’est pas Ă©tonnant que les socialistes relativisent, mĂ©prisent, voire ridiculisent la nationalitĂ©, l’identitĂ© nationale et par consĂ©quent la naturalisation. Pour eux, l’internationalisme est une dimension premiĂšre ; ce qui revient structurellement Ă  relativiser la nationalitĂ©, l’identitĂ© nationale et bien sĂ»r la souverainetĂ© nationale. Ce qui ne veut pas dire que ces derniĂšres  dimensions n’ont aucune importance dans le socialisme, mais ils ne sont pas dĂ©terminants. Cette diffĂ©rence congĂ©nitale, structurelle, explique d’ailleurs bien des prises de positions politiques sur toute une sĂ©rie d’autres  problĂšmes qui n’ont Ă  priori pas de lien direct et visible  avec le critĂšre de la nationalitĂ©.

Or la nationalitĂ©, l’identitĂ© nationale, l’identification profonde et affective Ă  la patrie, et donc la naturalisation, constituent, au contraire, le noyau dur, une dimension fondamentale, essentielle et dĂ©terminante  d’une vision politique qui place la souverainetĂ© et l’indĂ©pendance nationales au premier plan de la dĂ©termination de toute politique.

Ici aussi, un attachement fort, profond et affectif Ă  l’identitĂ© nationale, soit un vrai patriotisme national, n’empĂȘche nullement des Ă©changes, des interactions, des liens, des collaborations, des nĂ©gociations, voire de l’admiration pour d’autres pays et d’autres identitĂ©s nationales. En rĂ©alitĂ©, plus un pays a une identitĂ© claire, visible et forte,  plus ses citoyens sont sĂ»rs et fiers de leur identitĂ© et de leur pays et plus ils sont Ă  mĂȘme de travailler de maniĂšre fructueuse avec d’autres pays, toujours dans le respect, voire dans l’admiration de ces autres identitĂ©s et diversitĂ©s nationales et patriotiques. Seule une telle vision, qui tient compte de l’histoire profonde, singuliĂšre et marquante de chaque pays a des chances de rĂ©ussir Ă  promouvoir un  projet  politique plus gĂ©nĂ©ral d’ unitĂ© dans le respect des diversitĂ©s historiquement ancrĂ©es.

L’UnitĂ© dans la DiversitĂ© n’est plus alors un simple slogan brandi mĂȘme par ceux qui ne rĂȘvent que de supprimer les diversitĂ©s pour imposer autoritairement une unitĂ© abstraite aussi vide qu’autoritaire.

VoilĂ  pourquoi la naturalisation est une rĂ©alitĂ© beaucoup plus importante et fondamentale et ne peut ĂȘtre prise Ă  la lĂ©gĂšre. L’idĂ©e que la nationalitĂ©, l’identitĂ© nationale et donc la naturalisation seraient devenues passĂ©istes, rĂ©actionnaires est l’une de ces prĂ©tendues « avancĂ©es » qui a contaminĂ©e mĂȘme ceux qui sont sincĂšrement  patriotes, cela prĂ©cisĂ©ment sous l’effet de la vision socialiste culpabilisante,  qui  rĂ©ussit Ă  contaminer mĂȘme les authentiques patriotes.

C’est en effet un autre domaine oĂč la vision socialiste s’est imposĂ©e bien au-delĂ  de son propre camp et elle aimerait dicter l’agenda politique en la matiĂšre.

C’est contre cette vision et Ă  cause de ses consĂ©quences dramatiques et impossibles Ă  admettre par les  victimes de la pensĂ©e politique molle qu’il faut aujourd’hui lutter  avec dĂ©termination, sans gĂȘne aucune et sans la crainte d’ĂȘtre qualifiĂ© « d’antiquité », de « rĂ©actionnaire », « de nationaliste borné », etc.

Faire fi des identitĂ©s nationales et des attachements patriotiques historiques profonds qu’ils impliquent, revient aussi Ă  nier une des dimensions fondamentales des identitĂ©s individuelles et peut entraĂźner des conflits terribles, voire des guerres civiles dont l’ampleur et la nature commencent seulement à  apparaĂźtre, du moins chez ceux qui ne refusent pas de les nier ou de les minimiser.

Le  patriotisme, omniprĂ©sent dans tout pays historique, est le meilleur garant contre les nationalismes agressifs, violents et destructeurs. Ces derniers rĂ©sultent prĂ©cisĂ©ment de la nĂ©gation, de la moquerie et du mĂ©pris des patriotismes. C’est un autre domaine oĂč l’on prend les effets pour les causes.

D’oĂč notre affirmation: les dĂ©bats sur la naturalisation, l’acquisition de la nationalitĂ©, sont fondamentaux et dĂ©terminants pour l’avenir de nos sociĂ©tĂ©s. Le politiquement  correct en ces matiĂšres est le pire ennemi d’un patriotisme naturel, sain et constitutif  et le meilleur alliĂ© des dĂ©rives communautaristes engendrĂ©es par un multiculturalisme qui n’a plus rien Ă  voir avec la pluralitĂ© culturelle, elle aussi constitutive d’un pays comme la Suisse.

Ce qui unit les Suisses et les rend fiers de leur identitĂ© ce n’est ni la langue, ni la religion, ni la culture, mais le systĂšme politico-culturel de la dĂ©mocratie directe qui suppose Ă  la fois des valeurs fortes, largement enviĂ©es, et des limites claires et intransigeantes.

ConsĂ©quences pour la naturalisation et l’obtention de la nationalitĂ©

Les Ă©lĂ©ments dĂ©finis ci-dessus devraient suffire Ă  montrer pourquoi l’acquisition de la nationalitĂ© doit rester trĂšs exigeante, contrairement Ă  toutes les tentatives d’intimidations et de moqueries venant  d’une vision socialiste internationaliste hors sol si ce n’est issue d’un sol strictement idĂ©ologique.

Une illustration des consĂ©quences d’une telle vision est celle d’un octroi trĂšs facile de la nationalitĂ© dans un pays comme la France par exemple oĂč l’on trouve des jeunes en nombre et pas seulement dans les banlieues qui ont obtenu trĂšs rapidement et aisĂ©ment (le droit du sol) la nationalitĂ© sans en avoir incorporé  les composantes et dimensions fondamentales, au point oĂč ils en arrivent mĂȘme Ă  dĂ©tester le pays qui leur a octroyĂ© la nationalitĂ©, et dans les cas limites  à lutter violemment et par les armes parfois  contre leur propre pays.

C’est une telle rĂ©alitĂ© qu’il faut absolument Ă©viter et qui justifie une pratique trĂšs exigeante, sans gĂȘne aucune et sans la moindre crainte d’ĂȘtre dĂ©nigrĂ© et moquĂ© par le laxisme et l’irresponsabilitĂ© de la « philosophie » des « avancĂ©es » Ă  n’importe quel prix et dans tous  les domaines.

Ainsi, fin septembre, la conseillĂšre nationale Ada Marra aurait selon les mĂ©dias obtenu « une belle victoire d’étape » (« aprĂšs avoir perdu sur la naturalisation automatique ») en ralliant une majoritĂ© de parlementaires sur une naturalisation facilitĂ©s pour les jeunes de la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration d’immigrĂ©s.

Plusieurs arguments sont avancĂ©s pour justifier une telle facilitation supplĂ©mentaire : le principal Ă©tant souvent la durĂ©e. Un jeune de la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration serait par dĂ©finition et pour ainsi dire naturellement suffisamment adaptĂ© et intĂ©grĂ© pour ne mĂȘme plus devoir se soumettre Ă  certaines Ă©preuves. On est proche d’une dĂ©marche purement administrative  qui revient Ă  envoyer par la poste le document attestant de la nouvelle identitĂ© nationale. Pire : il est proposĂ© que ce soit Ă  la commune de montrer que le jeune ne mĂ©rite pas la nationalitĂ© et non Ă  ce dernier !

Il faut oser dire et rĂ©pĂ©ter que la nationalitĂ© suisse est d’une grande valeur, un grand privilĂšge, qu’elle se mĂ©rite sur la base de preuves concrĂštes multiples Ă  l’appui. Je suis aussi favorable Ă  ce que plus de jeunes  de la deuxiĂšme et troisiĂšme gĂ©nĂ©ration soient naturalisĂ©s mais cela doit rĂ©ellement correspondre Ă  une identification sincĂšre et profonde, au risque  de nous retrouver parfois dans des situations semblables Ă  celles de ces  jeunes devenus presque automatiquement français et qui rejettent leur nouveau  pays, au point de le dĂ©tester fanatiquement, voire de prendre les armes pour le combattre.

En bref, la durĂ©e de sĂ©jour ne doit pas ĂȘtre le critĂšre dĂ©terminant pour acquĂ©rir la nationalitĂ©. On peut ĂȘtre sincĂšrement gĂ©nĂ©reux et admiratif pour toutes les situations pluriculturelles tout en restant trĂšs exigeant et en voulant prendre un maximum de prĂ©cautions afin d’éviter des situations comme celles rappelĂ©es ci-dessus. On sait que des rĂ©-identifications aux cultures d’origine, mĂȘme si elles ont un cĂŽtĂ© artificiel et illusoire, peuvent intervenir mĂȘme aprĂšs plusieurs gĂ©nĂ©rations et avec des effets pervers non dĂ©sirĂ©s.

Comme l’a rappelĂ© Ada Marra, le peuple aura le dernier mot  sur cette nouvelle facilitation dans l’obtention de la nationalité  puisqu’elle passera en votation populaire. J’espĂšre que lors des dĂ©bats relatifs Ă  cette votation ce sera aussi l’occasion pour ces militants de la facilitation, pour ne pas dire de la facilitĂ©,  de redire tout ce qu’ils doivent Ă  la Suisse, leur reconnaissance et pas seulement leurs critiques et moqueries qui rĂ©vulsent tant de citoyens modestes et humbles et patriotes authentiques, une situation que ces militants de la facilitation n’auraient jamais rĂ©ussi Ă  obtenir dans leur pays d’origine.

Last but not least, j’entends dĂ©jĂ  certains pousser des cris d’orfraie :  la possibilitĂ© d’une naturalisation conditionnelle pendant quelques annĂ©es, et une dĂ©chĂ©ance, elle aussi facilitĂ©e, de la nationalité  n’auraient rien de scandaleux. Tout simplement une autre forme de prĂ©vention ou d’application du principe de prĂ©caution !

Ensuite, il faut absolument travailler intensĂ©ment Ă  recrĂ©er une image positive et attirante de la Suisse, donnant l’envie  et la volontĂ© de s’identifier rĂ©ellement et concrĂštement au pays dont on demande la nationalitĂ©. Image bien mĂ©ritĂ©e par ailleurs, il faut le dire et le redire, sans gĂȘne aucune  mais sans nombrilisme non plus, ce qui n’exclut nullement certaines  critiques surtout lorsqu’elles sont avancĂ©es dans un esprit positif et constructif.

Rien n’est  plus contreproductif et destructif que les tendances tant enracinĂ©es depuis quelques dĂ©cennies Ă  l’autoflagellation, Ă  la repentance perpĂ©tuelle et autres rĂ©Ă©critures de l’histoire en fonction de nos critĂšre d’aujourd’hui et en prĂȘtant Ă  nos ancĂȘtres des dĂ©fauts dont nous aurions certainement pas Ă©tĂ© exempts malgrĂ© nos prĂ©tentions moralisatrices d’aujourd’hui.

Paru sur le site Les Observateurs.ch.

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Philippe Randa,
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