Parce que nous sommes gouvernĂ©s par des incultes et des inconsĂ©quents, il n’est peut-ĂȘtre pas inutile de relire et mĂ©diter Jacques Bainville, ce voltairien qui se targuait de « penser historiquement » la politique. Bainville a cette particularitĂ©, commune Ă  quelques intellectuels brillants, de s’ĂȘtre fait tout seul ou presque. Nullement historien, il excellera dans cette discipline. Aucunement diplomate, il contribuera pourtant Ă  faire naĂźtre la gĂ©opolitique en France. Quant Ă  la monarchie, il y vint tout seul « sans avoir suivi le catĂ©chisme » de Maurras.

Jacques Bainville (1879-1936).

Jacques Bainville (1879-1936).

Cet auteur est tombĂ© dans l’oubli au lendemain de la Seconde guerre mondiale, hormis chez une poignĂ©e de royalistes qui n’en retinrent, cependant, qu’un nom, un ou deux titres, tout en mĂ©connaissant, dans le fond, la mĂ©thode.

La postĂ©ritĂ© retint Maurras par l’opprobre que les « libĂ©rateurs » et autres Ă©purateurs lui jetĂšrent sur les Ă©paules, et occulta Bainville. Aujourd’hui, on semble le redĂ©couvrir, non sans prudence, l’Action française dont il provient continuant d’exhaler, uniment, les odeurs sulfurĂ©es d’antisĂ©mitisme, de pĂ©tainisme et de collaborationnisme. Bainville fut, selon l’expression de Patrice Gueniffey, « un membre de loin » de l’Action française, tant son tempĂ©rament le tenait Ă©loignĂ© des violences verbales et physiques que les impĂ©tueux Daudet (LĂ©on) et Maurras affectionnaient en bons mĂ©ridionaux.

Toujours est-il, et il ne faut pas s’en plaindre, qu’il y a quelques annĂ©es, Jacques Bainville ressuscita, dans le monde fermĂ© et endogame de l’édition parisienne, avec la publication d’un important recueil rĂ©unissant ses opus majeurs et articles divers, ce, grĂące Ă  Christophe DickĂšs, spĂ©cialiste honnĂȘte de l’Ɠuvre et de l’homme. L’occasion pour nous d’esquisser dans ces lignes une actualitĂ© politique et Ă©conomique de Bainville.

Sans doute traversĂ© d’un Ă©clair de luciditĂ© (ou, plus prosaĂŻquement, parce que bien conseillĂ©) GĂ©rard Longuet, ci-devant ministre de la DĂ©fense, espĂ©rait mieux comprendre le duo franco-allemand en train d’éclore sous ses yeux, par la lecture de l’Histoire de deux peuples continuĂ©e jusqu’à Hitler.

Si les conclusions de l’ouvrage paraissent quelque peu datĂ©es, il n’en est pas de mĂȘme de ses prĂ©mices. Ainsi, Bainville observait-il, que « quand on Ă©tudie les rapports de la France avec le reste de l’Europe, on s’aperçoit que la plus grande tĂąche du peuple français lui a Ă©tĂ© imposĂ©e par le voisinage de la race germanique. »

Mutatis mutandis, en dĂ©pit de soixante ans de paix continue avec notre voisin outre-Rhin, celui-ci conditionne toujours la politique europĂ©enne de la France. Pour autant, doit-on continuer Ă  souscrire Ă  l’assertion selon laquelle « le peuple allemand est le seul dont la France ait toujours dĂ» s’occuper, le seul qu’elle ait toujours eu besoin de tenir sous sa surveillance. »

Poser la question revient Ă  y rĂ©pondre. Certes, s’adosser sans nuance, au XXIe siĂšcle, Ă  la grille de lecture bainvillienne, passerait, au mieux pour un doux anachronisme, au pire pour une folie.

Aussi, doit-on d’abord retenir de Bainville une mĂ©thode : l’analyse des causalitĂ©s fondĂ©e sur une observation minutieuse des hommes et des faits, sous l’éclairage indispensable du passĂ©. Or, en application de cette mĂ©thode inspirĂ©e de Sainte-Beuve, force est d’admettre que La France et l’Allemagne, mĂȘme en se tenant la main, regardent dans des directions opposĂ©es. Les divergences entre les deux pays sont mĂȘme une constante dans leurs relations, au risque d’aboutir Ă  des accords empreints de malentendus.

Le politologue, Ă©lĂšve de Raymond Aron, Pierre Hassner, parle de « paradoxes Ă©lĂ©atiques » (dont le paradoxe d’Achille et la tortue posĂ©e par ZĂ©non d’ElĂ©e au Ve siĂšcle avant J.C.) Ă  propos de la coopĂ©ration franco-allemande : « Jamais on n’en a tant parlĂ©, jamais elle n’a si peu progressĂ©. Jamais elle n’a fait l’objet de tant d’initiatives, jamais ces initiatives n’ont si peu abouti. »

DĂšs lors, est-ce de bonne politique de lier quasi aveuglĂ©ment notre sort Ă  celui de Germania, mĂȘme au prĂ©texte de sauver une Union europĂ©enne-Babel, nolens volens en perdition ? L’intĂ©grisme europĂ©iste de nos Ă©lites de ce cĂŽtĂ© du Rhin, occulte notre ancienne francitĂ© composante irrĂ©ductible de l’europĂ©anitĂ©. Or, depuis la rĂ©unification, l’Allemagne dĂ©complexĂ©e renoue, sans fard, avec sa germanitĂ© de longue mĂ©moire et son expansionnisme atavique. Et si, comme l’exhortait de Gaulle, « les Français et les Allemands doivent devenir frĂšres », c’est Ă  la condition de ne pas susciter un quelconque droit d’aĂźnesse, sauf Ă  raviver les vieilles rancƓurs.

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A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de trois essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa). et Dictionnaire du Grand Épuisement français et europĂ©en (PrĂ©face de Pierre Le Vigan).

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