Quand j’étais footballeur
 Allons bon, encore un vieux dĂ©bris qui vient nous jouer le grand air du « C’était mieux avant » 

Roger Magnusson : le "Magicien".

Roger Magnusson : le « Magicien ».

Quand j’étais footballeur, français faut-il le prĂ©ciser, vers la fin des annĂ©es cinquante, un joueur devenait professionnel le plus souvent aprĂšs avoir connu l’usine ou la mine. Son contrat Ă  durĂ©e « illimitĂ©e » signĂ©, il appartenait Ă  son club. Il n’était pas question pour lui de le quitter Ă  sa guise, sans l’autorisation expresse de son prĂ©sident (l’exceptionnel dĂ©part de Kopa au Real Madrid en 1956 avait dĂ©frayĂ© la chronique). Un servage sportif, me direz-vous !

Gagne un peu plus que petit, communĂ©ment cadrĂ© par une Ă©pouse trĂšs regardante (on sait d’oĂč l’on vient), le joueur mettait de l’argent de cĂŽtĂ© en vue d’une reconversion, la trentaine largement sonnĂ©e. Il ouvrirait peut-ĂȘtre quelque commerce, reprendrait une brasserie et sa petite notoriĂ©tĂ© ferait le reste. Pour les plus cĂ©lĂšbres, un emploi de reprĂ©sentation (on ne parlait pas encore de marketing) au sein d’une sociĂ©tĂ© d’articles de sport comme « Le Coq Sportif » ou « Adidas » permettrait de gagner sa vie en restant dans le milieu du ballon rond. Les autres ? Ils retourneraient exercer leur mĂ©tier d’origine Ă  l’atelier ou Ă  la mine, plus rarement dans un bureau.

Quand j’étais footballeur, le plus souvent mes aĂźnĂ©s n’avaient pas de compagnes, ils se contentaient modestement d’une Ă©pouse. Les dirigeants comptaient d’ailleurs sur elle pour Ă©viter ces Ă©carts de conduite qui vous font plus facilement frĂ©quenter les entraĂźneuses que les entraĂźneurs. Aujourd’hui ces derniers, trĂšs conscients des tentations multiples et de l’immaturitĂ© de la plupart de leurs joueurs, remplissent leurs emplois du temps Ă  ras bord et multiplient les stages hors la ville afin de limiter le plus possible ces redoutables quartiers libres propices Ă  tous les excĂšs.

Eh oui ! les choses ont Ă©voluĂ©. Le footeux est devenu un artiste. Pour preuve ? Il y a autant d’articles qui lui sont consacrĂ©s dans la « presse people » que dans les journaux sportifs. S’il n’a plus d’épouse, il a donc momentanĂ©ment une compagne qui le plus souvent Ă©volue dans le show-biz. Comme n’importe quelle vedette du cinĂ©ma, il ne se dĂ©place qu’en voitures de sport et de luxe pour frĂ©quenter les hauts lieux de la « Jet-Set ».

Aujourd’hui, entiĂšrement libre, le footballeur est en droit de signer personnellement (hum !) des contrats Ă  temps avec les clubs de son choix. Paradoxalement, avant d’accĂ©der Ă  ce statut enviĂ© de footballeur professionnel, il est dĂ©jĂ  footballeur professionnel. En effet les pĂ©pites sont dĂ©tectĂ©es en moyenne vers l’ñge de 14 ans pour entreprendre leur apprentissage au sein d’un club pro ou d’un Ă©tablissement fĂ©dĂ©ral. Plus tard, il sera libre d’exercer oĂč il le voudra, pour peu que ses talents soient reconnus par des clubs de l’élite. Sinon, comme des centaines de laissĂ©s pour compte chaque annĂ©e, il n’aura plus qu’à aller se faire voir ailleurs ou trouver un emploi, lui qui ne sait malheureusement que tripoter la balle ronde.

Le joueur professionnel confie dĂ©sormais la gestion de ses affaires Ă  un agent. Vous noterez que, curieusement, cette profession n’existait pas dans les mĂȘmes annĂ©es cinquante et on peut se demander pourquoi. Cet homme d’affaires, le plus souvent diplĂŽmĂ© d’une Ă©cole de commerce comme celles de la Motte Chalancon (Hautes-Alpes), de Besalu (Catalogne), de Zoudj el Beghal (wilaya de Tlemcen en AlgĂ©rie) ou de Ziou (Burkina Faso), gĂšre en bon pĂšre de famille la carriĂšre du prodige. Il s’agit pour lui de mener Ă  bien des tractations occultes dont son poulain ignore la plupart du temps les tenants et aboutissants. À l’occasion de fructueux transferts ledit agent touche une commission rondelette d’un montant rarement connu par le joueur lui-mĂȘme. Et comme il existe aujourd’hui un « mercato d’été » et un « mercato d’hiver » le dĂ©vouĂ© intermĂ©diaire multiplie par deux ses chances de toucher le pactole en promenant son joueur Ă  travers le monde jusque dans les contrĂ©es les plus inattendues. La Chine, l’AzerbaĂŻdjan, sont particuliĂšrement prisĂ©s aujourd’hui, pour y faire sa pelote, plutĂŽt que, osons l’avouer, satisfaire une quelconque ambition sportive.

Je vous prĂ©viens, le premier d’entre vous, chers lecteurs, qui osera assimiler ces pratiques actuelles Ă  celles d’un marchĂ© aux esclaves, recevra de ma part et dans ses fesses un tir brossĂ© du gauche (ma spĂ©cialitĂ© et j’ai de beaux restes, vous confirmeront mes petits-fils). C’est aujourd’hui lĂ©gal : le football a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© de ses contraintes asservissantes et chauvines pour goĂ»ter aux joies de la mondialisation. Le fameux « arrĂȘt Bosman » de 1995 a notamment consacrĂ© la libre circulation des joueurs europĂ©ens en Europe. C’est ce qui explique qu’un club de Bergastopol (en Moldo-Valachie OcĂ©anienne) pourrait au grĂ© de son entraĂźneur sino-brĂ©silien ou de son prĂ©sident uzbeko-corĂ©en aligner une Ă©quipe sans un seul joueur du pays.

Une possibilitĂ© s’offre dĂ©sormais Ă  un joueur frustrĂ©, lorsque les portes se ferment Ă  toute sĂ©lection nationale : Ă©migrer dans un État en voie de dĂ©veloppement footballistique, s’y faire naturaliser pour en dĂ©fendre les couleurs. Ne dit-on pas qu’au royaume des aveugles les borgnes sont rois !

Et c’est dans ce contexte totalement libĂ©rĂ© que cet excellent Neymar bĂ©nĂ©ficie d’un salaire brut mensuel de 3 millions d’euros alors que celui d’un joueur de clubs comme Amiens ou Troyes tourne dĂ©jĂ  autour de 20 000 euros, ce qui n’est pas si mal pourrait ajouter le français moyen.

Pour mĂ©moire la premiĂšre proposition qui m’avait Ă©tĂ© faite en tant que stagiaire par un club parisien en 1959, outre l’honneur d’y pratiquer mon sport, Ă©tait en ce qui allait devenir l’annĂ©e suivante des nouveaux francs, de 50 par match gagnĂ©, 30 par match nul, 20 par match perdu. Il faut dire qu’en cette mĂȘme annĂ©e le SMIG mensuel dĂ©passait Ă  peine 300 francs pour 45 heures de travail. C’est d’ailleurs ce qui conduisit mon pĂšre, d’un pointu du droit oĂč vous pensez, Ă  me renvoyer au bahut Ă  plein temps pour arracher un bac « Sciences Ex ». Soit dit en passant ce sĂ©same universitaire piteusement acquis, n’apporta mĂȘme pas une ligne supplĂ©mentaire Ă  mon Curriculum Ă  changement de vitae de footballeur. Mens sana in corpore sano. On peut rĂȘver


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