En France, sauf Ă  se faire traiter de fasciste, d’islamophobe, de raciste ou des trois Ă  la fois (bon, pardon, pas d’amalgame !) il est important d’utiliser un langage nous garantissant d’ĂȘtre insoupçonnable et exempt de tout relent raciste ou islamophobe.

De ce point de vue, l’apophatisme qui permet de dĂ©finir les choses non par ce qu’elles sont, mais par ce qu’elles ne sont pas, constitue une rĂ©elle avancĂ©e. On ne dit plus un aveugle ou un clandestin, mais un non-voyant et un sans-papiers. Arabe a Ă©tĂ© d’abord remplacĂ© par « Individu de type mĂ©diterranĂ©en », puis par « personne non caucasienne ». Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le tueur au camion, d’abord prĂ©sentĂ© comme français est devenu au fil de l’horreur franco-tunisien, puis tunisien. Au risque scandaleux de le priver ainsi de sa double nationalitĂ© dont nos Ă©lus sont si respectueux.

Soulignons tout de mĂȘme pour les lecteurs Ă©rudits que cette approche en creux nous protĂšge de toute provocation par oxymore : parler de « salafiste tranquille », par exemple, serait Ă©videmment condamnable pour incitation Ă  la haine.

Mais la vraie rĂ©ussite reste l’euphĂ©misation.

Émeutes au mas du taureau.

Émeutes au mas du taureau.

Voyons un peu : le 18 juillet dans la banlieue lyonnaise un Ă©quipage de police tombe dans une embuscade. EncerclĂ©e par une trentaine d’individus cagoulĂ©s, la voiture subit jets de pierres et tentative d’incendie. RĂ©ussissant Ă  s’échapper, les policiers se rĂ©fugient au commissariat local, ce qui n’émeut guĂšre les assaillants, qui Ă©valuant parfaitement le temps dont ils disposent avant l’arrivĂ©e (d’éventuels) renforts, le caillassent derechef ! RĂ©action de la prĂ©fecture le lendemain : un grand bravo !

« Les policiers ont fait preuve de calme et de sang-froid ! »

Rien que de trĂšs normal, finalement. On frĂ©mit en effet si un fonctionnaire sentant sa vie en danger avait tirĂ© dans le tas ! Il aurait Ă©tĂ© ipso facto placĂ© en garde Ă  vue sur l’inculpation de racisme. (Car peut-ĂȘtre que le dessous des cagoules aurait rĂ©vĂ©lĂ© des individus de type « non caucasien »).

La veille, un homme de 22 ans (on ne prĂ©cise pas son non-type) a finalement Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© aprĂšs que la police lui a crevĂ© les pneus au terme d’une course-poursuite en pleine ville : feux grillĂ©s, vitesse, contre sens, slalom entre voitures et sur les trottoirs au mĂ©pris des piĂ©tons, etc. Autant de dĂ©lits qui pourraient lui faire retirer le permis. Heureusement, il ne l’a pas. Mais il ne perd rien pour attendre : il sera convoquĂ© au tribunal
 en janvier prochain ! On n’aimerait pas ĂȘtre Ă  sa place ! Petit garnement, va !

Du « vivre ensemble » au « courir aprĂšs » : le quotidien de la police


Du « vivre ensemble » au « courir aprĂšs » : le quotidien de la police


Observons que dans les deux cas, le parquet n’a pas retenu la provocation policiĂšre, ce qui est scandaleux et sĂ»rement consĂ©cutif Ă  l’« état de siĂšge ! » avec cette dĂ©rive fascisante qui permet impunĂ©ment Ă  la police de tirer dans les pneus d’un vĂ©hicule pour l’immobiliser.

Et dans le mĂȘme moment, Henri Guaino, qui fut conseiller prĂ©sidentiel et s’annonce candidat Ă  la primaire, explique le plus sĂ©rieusement du monde qu’il faut doter les policiers de bazookas.

Un tel déphasage entre la vision de nos gouvernants et la réalité du quotidien est décidément abyssal et laisse pantois !

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