Les pots de chrysanthĂšmes qui encombrent dĂ©jĂ  les entrĂ©es de nos supermarchĂ©s laisseraient Ă  penser que les morts occupent encore un espace familier dans notre sociĂ©tĂ©. En ĂȘtes-vous si sĂ»r ?

Procession funéraire catholique aprÚs le décÚs de Louis Duchesne, membre de l' Académie française, en 1922, à Saint-Malo.

Procession funĂ©raire catholique aprĂšs le dĂ©cĂšs de Louis Duchesne, membre de l’ AcadĂ©mie française, en 1922, Ă  Saint-Malo.

Georges Brassens dont la moustache rĂ©barbative s’efforçait de camoufler une profonde sensibilitĂ© regrettait dĂ©jĂ , dans les annĂ©es 50, les funĂ©railles d’antan : « Y’a un mort Ă  la maison, si le cƓur vous en dit, venez l’pleurer avec nous sur le coup de midi. Mais les vivants aujourd’hui n’sont plus si gĂ©nĂ©reux. Quand ils possĂšdent un mort ils le gardent pour eux. »

L’un de mes amis vient de dĂ©cĂ©der. Son voisinage trouve vraiment bizarre que sa dĂ©pouille n’ait pas Ă©tĂ© expĂ©diĂ©e immĂ©diatement dans un lieu dĂ©diĂ© Ă  cet effet. Me viennent aussitĂŽt Ă  l’esprit les couplets du chansonnier sĂ©tois. Que dirait-il aujourd’hui, alors que, Ă  peine son dernier soupir rendu, le dĂ©funt est bien souvent expĂ©diĂ© dans la chambre mortuaire la plus proche ? Ainsi, pourrait-il Ă©crire « quand ils possĂšdent un mort, ils ne le gardent mĂȘme plus ».

Comme bien d’autres usages, facteurs de sociabilitĂ©, les veillĂ©es et les rites funĂ©raires sont tombĂ©s en dĂ©suĂ©tude. Et pourtant, c’était l’occasion de partager avec sa parentĂšle et des proches quelques moments apaisĂ©s, favorables au gommage, mĂȘme momentanĂ©, des conflits plus ou moins importants, qui avaient pu naĂźtre d’évĂ©nements antĂ©rieurs.

Sur les effets potentiels de la mort dans le domaine de la sociabilitĂ©, il me revient une anecdote significative survenue en 1957 dans un village de la DrĂŽme Ă  l’occasion des obsĂšques d’une cousine nonagĂ©naire de ma grand-mĂšre.

Lors du repas suivant la cĂ©rĂ©monie, avec mon cousin Marceau, nous fĂźmes la connaissance d’Huguette, une jeune fille « de la montagne » (le Vercors voisin), venue prĂȘter main-forte Ă  la maĂźtresse de maison. Son charmant visage ne laissa pas insensible mon aĂźnĂ© qui ne manqua pas de lui adresser quelques-uns de ces sourires « ravageurs » dont il avait le secret.

À l’issue de la messe du « bout de mois » nous nous retrouvĂąmes autour de la mĂȘme table de campagne, toujours dressĂ©e au milieu de la cour de ferme. À voir les sourires entendus de Marceau et d’Huguette, je compris que les travaux d’approche Ă©taient bien avancĂ©s. Douze mois plus tard la messe du « bout de l’an » Ă©tant dite, le traditionnel repas de famille terminĂ©, ils nous annoncĂšrent leur prochain mariage. Ils ne remerciĂšrent jamais assez Louise, la dĂ©funte, sans laquelle ils ne se seraient jamais rencontrĂ©s.

Ainsi va la vie
 C’est en de pareilles circonstances que je dĂ©couvris, encore adolescent, la vraie signification de cette expression apparemment creuse et pourtant
 « Aller », n’est-ce pas le verbe mĂȘme du mouvement. Ainsi va la vie et avec elle, le caractĂšre immuable des saisons qui la caractĂ©risent, du moins dans sa complĂ©tude. Le printemps, l’étĂ©, l’automne, l’hiver, la mort
 Cette mort sereine qui peut avoir parfois des effets bienfaisants sur l’existence des vivants. La graine enfouie puis pourrie au solstice d’hiver, ne gĂ©nĂšre-t-elle pas l’épi triomphant au solstice d’été ?

Aujourd’hui, alors que les Ă©crans de toute nature offrent pour la plus grande joie de spectateurs un tantinet morbides, le spectacle de flots d’hĂ©moglobine dĂ©versĂ©s par les victimes d’assassins tous plus sadiques les uns que les autres, celui de tables de dissection d’instituts mĂ©dicaux lĂ©gaux plus sanguinolentes qu’un Ă©tal de boucher, on n’ose plus regarder ses propres morts en face.

Et que dire de ces gamins, accrochĂ©s Ă  leur console, dĂ©zinguant en quelques minutes un maximum d’individus alors que toute confrontation rĂ©elle avec la mort leur est Ă©trangĂšre. C’est d’ailleurs ce que confirment leurs parents lorsque, presque offusquĂ©s, ils dĂ©clarent : Il n’est pas question de laisser nos enfants voir le corps de leur grand-mĂšre, cela les traumatiserait. »

Que de fois entendons-nous cette antienne !

VoilĂ  quelques annĂ©es un adolescent, abruti par les massacres perpĂ©trĂ©s sur son Ă©cran, affirmait qu’en tuant une camarade par jeu il n’avait pas eu conscience dans l’instant, et en toute bonne foi, faut-il le prĂ©ciser, de commettre un crime.

Devant la banalisation de ces hĂ©catombes virtuelles ne serait-il pas opportun de rĂ©introduire chez les enfants une initiation aux choses de la mort qui leur permettrait aussi de mesurer ce qu’est la vie dans toute sa plĂ©nitude et les contraintes qu’imposent son respect et sa sauvegarde dans un contexte oĂč la biogĂ©nĂ©tique et le transhumanisme chevauchent gaillardement la bioĂ©thique.

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A propos de l'auteur

Jean-Pierre Brun

NĂ© Ă  Souk Ahras, Jean-Pierre Brun a sillonnĂ© l’AlgĂ©rie. Il a rejoint l’ArmĂ©e SecrĂšte et s’est retrouvĂ© Ă  Paris au sein de l’OAS MĂ©tro Jeunes
 Il est l'auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha.

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