« Si vous avez un endroit sĂ»r oĂč vous rendre, vous devriez y aller car ceci ne va pas se terminer sans violence ». C’est en ces termes que Tony Blair exhortait l’ancien chef de la Jamahiriya Libyenne, Mouammar Kadhafi, alors en proie aux troubles violents – essentiellement de nature tribale, du cĂŽtĂ© de la CyrĂ©naĂŻque – qui secouaient son pays. À l’époque de cette conversation tĂ©lĂ©phonique entre les deux hommes, le travailliste n’était plus locataire du 10 Downing Street. Nous Ă©tions le 25 fĂ©vrier 2011, soit trois semaines avant la rĂ©solution 1973 du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies du 17 mars 2011.

Rappelons que cette derniĂšre (article 4) autorisait « les États Membres [des Nations-Unies] (
) Ă  prendre toutes mesures nĂ©cessaires (
) pour protĂ©ger les populations et les zones civiles menacĂ©es d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne » En termes moins euphĂ©misĂ©s, feu vert – bien que restreint – Ă©tait explicitement donnĂ© par les tenants du NOM (Nouvel Ordre Mondial), pour bombarder la Libye.

On se souviendra, opportunĂ©ment, des dĂ©clarations va-t-en-guerre du ci-devant ministre français des Affaires Ă©trangĂšres, Alain JuppĂ© (que la prĂ©-campagne mĂ©diatique pour 2017, s’évertue Ă  prĂ©senter comme le perdreau de l’annĂ©e, vierge et jouvenceau) pressant ses homologues de « prendre garde d’arriver trop tard, ce sera l’honneur du Conseil de sĂ©curitĂ© d’avoir fait prĂ©valoir en Libye la loi sur la force, la dĂ©mocratie sur la dictature, la libertĂ© sur l’oppression ». On eĂ»t dit du BHL dans le texte


On sait ce qu’il en est advenu dans les semaines qui ont suivi, du lynchage Ă  mort du chef de l’État libyen, le 20 octobre 2011, au chaos actuel. Plus prosaĂŻquement, « ce sont d’ailleurs les intĂ©rĂȘts pĂ©troliers, dissimulĂ©s (comme en Afghanistan, en Irak ou dans le Darfour
) derriĂšre le masque du devoir d’ingĂ©rence dĂ©mocratique et humanitaire, qui expliquent largement l’interventionnisme occidental », se plaĂźt Ă  souligner le gĂ©opolitologue Aymeric Chauprade (Chronique du choc des civilisations, 2015).

Quoi qu’il en soit, on peut gager que la prĂ©caution blairiste Ă  l’adresse d’un Kadhafi menacĂ© de l’intĂ©rieur, ne signifiait pas moins un dĂ©saveu de l’ancien Premier ministre britannique Ă  l’égard de l’aventurisme occidental.

Premier ministre du Royaume-Uni de 1997 Ă  2007, Tony Blair contribua activement au rapprochement des deux pays, Tripoli ayant finalement Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ© par Londres en 2007, mettant ainsi fin au gel des relations diplomatiques survenu Ă  la suite de l’attentat du vol Pan Am 103 du 21 dĂ©cembre 1988 au-dessus de Lockerbie.

SommĂ© de s’expliquer devant la commission des Affaires Ă©trangĂšres de la Chambre des Communes sur la nature des relations qui l’unissait avec le dĂ©funt raĂŻs, Blair devrait d’autant moins dĂ©voiler un improbable dessous de cartes, que son geste s’est inscrit dans une histoire qui remonte Ă  la IIe Guerre mondiale, lorsque la Tripolitaine et la CyrĂ©naĂŻque Ă©taient placĂ©s sous administration britannique. Le Royaume-Uni avait accompagnĂ© l’indĂ©pendance de ces deux provinces jusqu’à ce qu’elle fut officiellement reconnue par les Nations Unies en 1949.

(Source : Boulevard Voltaire, 9 janvier 2016).

A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de deux essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa).

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