« Paris, Gare de Lyon, ciel bleu et gris d’un jour sans nom, c’est Paris, Paris couleur d’encre, au mois de septembre  »

C’est ce que nous susurrait l’élĂ©gant Jean-Claude Pascal au dĂ©but des annĂ©es soixante alors que notre sociĂ©tĂ© dĂ©senchantĂ©e glissait doucettement vers les paradis artificiels de mai 1968. Il est vrai que si les feuilles d’automne infusĂ©es peuvent avoir, aprĂšs la surexcitation estivale bien connue, des vertus lĂ©nifiantes, elles favorisent souvent une humeur mĂ©lancolique. Et c’est justement parce que, comme le souligne le poĂšte, un ciel variable plombe un jour indĂ©finissable, les humeurs de la grande famille europĂ©enne vagabondent au grĂ© d’une brise dĂ©jĂ  frisquette pour la saison.

Au lendemain d’élections fĂ©dĂ©rales pour le moins nuancĂ©es, d’une victoire Ă©triquĂ©e et de la percĂ©e de l’AfD, Tante Angela, affiche une humeur chafouine que celle, tout Ă  fait badine, de son neveu par alliance le fringant Emmanuel ne rĂ©ussit pas Ă  chasser. Elle devrait pourtant savoir que selon Pierre Dac, le plus grand politologue de son temps, « la bonne humeur est la fille aĂźnĂ©e de la puissance tranquille ».

C’est une humeur dĂ©pressive qui mine pour sa part, le malheureux oncle Jean-Claude. Chaque matin, alors qu’un croissant islamique, une feta aigrie, ou un breakfast indigeste lui est servi en lieu et place d’un roboratif petit-dĂ©jeuner Ă  la luxembourgeoise, il vĂ©rifie Ă  ses dĂ©pens la validitĂ© du thĂ©orĂšme de Chirac : « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille. »

Et ce ne sont pas ces chipies de niĂšces, Theresa et Beata, qui lui administreraient un peu de bicarbonate de soude pour calmer ses aigreurs d’estomac. Notre trĂšs social et trĂšs chrĂ©tien tonton, ancien Ă©lĂšve des PĂšres du SacrĂ©-CƓur, devrait pourtant se souvenir que, selon le vĂ©nĂ©rable Marcel Jouhandeau, « la bonne humeur est le Paradis dont chacun dispose et qu’il peut distribuer Ă  l’entour Ă  l’infini ».

À Madrid, le placide Tio Martino est soudain victime de sautes d’humeur dont certaines pourraient ĂȘtre qualifiĂ©es de belliqueuses. N’expĂ©die-t-il pas pour un « oui » pour un « non » la garde civile frictionner les oreilles de ses insupportables neveux catalans qui veulent n’en faire qu’à leur tĂȘte et s’imaginent quitter le domicile national pour aller courir la prĂ©tentaine et dilapider leur hĂ©ritage, Dieu sait oĂč. Il devrait toutefois se maĂźtriser si l’on en croit le philanthrope EugĂšne Marbeau : « La mauvaise humeur est le fait de la faiblesse qui se sent vaincue et qui renonce Ă  lutter. »

Au Vatican mĂȘme, il serait question pour le Vicaire du Christ d’humeurs peccantes (du latin peccare, faire un faux pas, commettre une faute). Non pas celles que diagnostiquaient naguĂšre les mĂ©decins de MoliĂšre, mais celles soulignĂ©es par l’Aigle de Meaux, le grand Bossuet (BĂ©nigne le bien prĂ©nommĂ©) : « Ainsi dans cet Ă©trange empressement de nous entre-communiquer nos folies, les Ăąmes les plus innocentes [
] recueillent le mal deçà et delĂ  dans le monde [
]. Elles y amassent aussi peu Ă  peu, comme des humeurs peccantes, les erreurs qui offusquent notre intelligence. »

À bon entendeur, salut ! (En la circonstance il ne s’agit pas du salut du Saint Sacrement).

Nous ne pouvons passer sous silence l’humeur atrabilaire du cousin trĂšs fraĂźchement « marseillais », Jean-Luc le teigneux, qui n’arrive pas Ă  tirer une croix sur le tour de cochon armoricain que lui a fait son cadet Ă  la mode de Bretagne, le sournois petit BenoĂźt, alors que sur la scĂšne prestigieuse de « La GaietĂ© PrĂ©sidentielle » il interprĂ©tait son tube « Je m’voyais dĂ©jà ». N’est-ce pas le mĂȘme EugĂšne Marbeau qui affirme qu’« une blessure au cƓur altĂšre moins la bonne humeur qu’une blessure Ă  l’amour-propre. »

Allons, chers membres de notre grande famille europĂ©enne, faites un effort et sachez que, le philosophe Henri-FrĂ©dĂ©ric Amiel dixit, « la mauvaise humeur a une propriĂ©tĂ© singuliĂšre : elle attire les petites misĂšres comme l’aimant attire les aiguilles. Cercle vicieux : les contrariĂ©tĂ©s donnent de l’humeur, et l’humeur multiplie les contrariĂ©tĂ©s »

Henri-Frédéric Amiel.

Henri-Frédéric Amiel.

Facile Ă  dire ! Je l’admets, mais je fais mienne la dĂ©finition purgative donnĂ©e par le thaumaturge Jules Renard : « L’humoriste est un homme de bonne mauvaise humeur ». C’est sans doute la raison pour laquelle mon professeur de mathĂ©matiques, devant mes rĂ©sultats catastrophiques qui nĂ©anmoins me laissaient impassible, avait dĂ©crĂ©tĂ© que, dĂ©cidĂ©ment, rien ne pouvait altĂ©rer mon inoxydable bonne humeur de cancre endurci. Dieu merci !

P.S. Cher Antoine Blondin, ne voyez surtout pas dans le pluriel pour le moins singulier du titre de ma chronique, une quelconque allusion Ă  votre roman non moins aigre-doux.

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