C’était le sommet de la dernière chance, l’ultime occasion de sceller cet accord définitif qui mettrait un terme à l’anarchie migratoire qui prend, depuis un an, un tour délirant. Et de nouveau, le bilan est trouble, inconsistant et gros de tragédies à venir.

Les conclusions du Conseil sont en effet décevantes. La première urgence est d’agrandir ces fameux « hotspots » (centres de détention, devrait-on dire en français), ce qui prouve que l’Europe est plus que jamais face à la marée montante.

Et Bruxelles de se rengorger des « accords de réadmission » : un migrant économique en Grèce sera renvoyé en Turquie en échange d’un « véritable » réfugié, que les autorités turques auront déterminées comme tel. Un jeu à somme nulle. Mais ces accords de réadmission n’entreront pas en œuvre avant le 1er juin, alors que 200 000 à 300 000 clandestins pourraient s’engouffrer d’ici là.

En attendant, force interprètes et « experts et droit d’asile » seront appointés par la Commission. Celle-ci coordonne, mais les États membres « sont invités à faire des contributions supplémentaires immédiates au titre du mécanisme de protection civile et à fournir une aide humanitaire bilatérale ». C’est pourtant dans cette phrase que l’on peut déceler l’espoir… Car les États membres ne sont qu’« invités ». Et c’est dans ce détail que réside tout le gain de la fronde menée par le groupe de Višegrad depuis plusieurs mois : les nations qui résistent ont acquis un droit à l’égoïsme.

Ainsi le Conseil rappelle-t-il clairement « que la déclaration UE-Turquie n’établit pas de nouveaux engagements à l’égard des États membres en ce qui concerne la relocalisation et la réinstallation ». La composition ethnique des peuples d’Europe n’est donc pas encore à discrétion des institutions supranationales, pour les États qui l’ont exigé.

Certes, l’issue espérée du Conseil était bien sûr que les positions courageuses et seules viables de l’Europe centrale dissidente fussent retenues. Du moins ont-elles été tolérées, et cet exemple vivant d’une autre politique peut encore demain faire école.

Faute de courage, l’UE paye. Car tout se résume à un projet du budget rectificatif. On trouve peut-être un zeste d’idéologie droit-de-l’hommiste, quant aux exigences faites à la Turquie, mais le cœur n’y est pas.

De vision politique à moyen et long terme, de choix politiques déduits du rapport de force face au nouvel empire ottoman et face à la pression démographique mondiale des décennies à venir, foin : l’UE est plus que jamais aux abois.

A propos de l'auteur

Thibauld Degarde est né le 4 septembre 1989 à Nîmes. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a d’abord exercé la profession de journaliste à Moscou avant de se fixer en Belgique. Il est le correspondant d'EuroLibertés à Bruxelles.

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