Mercredi 11 janvier : Donald Trump donne sa premiĂšre ConfĂ©rence de Presse en tant que PrĂ©sident des États-Unis. À 17 heures, commence l’émission « Les Grandes Voix » sur Europe 1. Pourquoi d’ailleurs donner un pluriel au nom d’une Ă©mission oĂč l’unicitĂ© de ton est singuliĂšre
 UnicitĂ© Ă  laquelle s’ajoutait ce mercredi une aciditĂ© proche de propos dĂ©sordonnĂ©s et haineux sur Trump bien sĂ»r, mais aussi Poutine, autant de gens infrĂ©quentables sur lesquels le jugement sĂ»r et infaillible de nos « Grandes voix » est sans appel et incarnation de La VĂ©ritĂ© universelle.

Tout y passe : les droits de l’Homme et les grandes phrases faisant des USA d’avant Trump une dĂ©mocratie angĂ©lique et pure, face au vice incarnĂ© et Ă  la noirceur des Ăąmes de Trump et de Poutine.

Les avis éclairés de nos brillantissimes commentateurs du monde nageaient dans des banalités habillées de la plus mauvaise foi imaginable.

La sextape de Trump, vendue et entre les mains avides de Poutine ; le piratage des sites US par la Russie, Ă©levĂ©e au rang d’une puissance d’avant-garde en matiĂšre de manipulation d’internet, grĂące bien sĂ»r Ă  la « trahison » de Snowden. On se souviendra Ă  ce propos que la France, « patrie des droits de l’homme », avait refusĂ© Ă  celui-ci l’asile, lors de sa fuite des USA et de sa divulgation des manipulations de la NSA et des grandes firmes internationales US. L’obĂ©issance aux USA est plus importante sans doute que les Droits de l’Homme
 Mais silence lĂ -dessus.

Et d’entendre dĂ©biter sur Europe 1 tous les lieux communs de sa lutte idĂ©ologique et politique contre Trump et Poutine. Ces journalistes ultra-brillants qui – ils le disent eux-mĂȘmes – s’ébaudissaient le 9 novembre 1989 de la Chute du Mur en rĂȘvant enfin d’une « paix perpĂ©tuelle » Ă  la Kant, la hideuse URSS en voie de disparition, laissant les USA enfin maĂźtres du monde. Quelle perspicacitĂ© et quelle finesse d’analyse politique, les « Grandes Voix » !

Mais quelle naĂŻvetĂ©, quels propos convenus inlassablement, quel politiquement correct, quelle infĂ©odation Ă  la pensĂ©e dominante libĂ©rale ! C’est cela notre Ă©lite ? Oui !
. et ils s’en vantent sans sourciller.

L’une des « Grandes Voix » osa mĂȘme, dans le feu de l’action et de sa haine panique, aprĂšs avoir critiquĂ© ceux qui remettent en cause les journalistes – crime de lĂšse-majestĂ© –, affirmer : « Toutes les informations qui ne proviennent pas des grands mĂ©dias – comprendre presse officielle TV, Radios, PQN – sont des manipulations de l’information. »

À n’en pas croire ses oreilles ! Ces gens-lĂ  se permettent des propos staliniens, liberticides, sans que cela ne choque plus personne. Ils peuvent tout dire Ă  partir du moment oĂč ils sont la « presse officielle » des « grands mĂ©dias » haussĂ©s au rang de gardienne de la vĂ©ritĂ© unique, absolue, impartiale et d’une objectivitĂ© parfaite. C’est Ă  se tordre de rire.

Mais le plus fort c’est que ça passe, tant le peuple est anesthĂ©siĂ© par les diktats hautains et mĂ©prisants de nos « grands » journalistes intouchables. « La femme de CĂ©sar est insoupçonnable », les prostituĂ©es de la dĂ©mocratie moderne aussi apparemment.

Ainsi, la VĂ©ritĂ© sort des seules bouches des grandes chaĂźnes TV et Radios et de quelques grands quotidiens ou hebdos. D’ailleurs, ce sont les mĂȘmes journalistes qui participent aux mĂ©dias TV, radio et presse Ă©crite.

Comme cela, on est sĂ»r de transmettre la seule bonne vĂ©ritĂ© objective. Toutes les informations venant d’autres canaux, d’autres cerveaux, sont donc toutes des manipulations. Une lueur d’espoir tout de mĂȘme : un rĂ©cent sondage aux USA indique que seuls 34 % des AmĂ©ricains font confiance Ă  leur « grande presse » (14 % des RĂ©publicains, 51 % des DĂ©mocrates « seulement »). Nos Ă©lites devraient y rĂ©flĂ©chir
 Mais non ! Impossible, car un Ă©ditorialiste de la revue Challenge – comme beaucoup d’autres – affirme cette semaine encore que « s’incliner devant le verdict des urnes
 n’a rien Ă  voir avec le bien-fondĂ© objectif de l’opinion qui triomphe : on peut parfaitement avoir raison et perdre une Ă©lection. EĂ»t-il fallu que les Ă©lites ne disent pas ce qui leur semblait juste pour le seul plaisir d’ĂȘtre dans le camp des gagnants. »

Tout est dit et avec quelle morgue et quel partisianisme ! Seuls l’éditorialiste de Challenge et tous ses commensaux pensent « juste » et sont dĂ©positaires du « bien-fondé » d’une opinion ! Diraient-ils la mĂȘme chose Ă  propos du Front National qui perd toutes les Ă©lections et peut donc « avoir parfaitement raison » ? !!!

On voit oĂč en sont nos Ă©lites : aux abois, et prĂȘtes Ă  tout pour abattre leurs ennemis – c’est ainsi qu’ils considĂšrent ceux qui ne pensent pas comme eux. Haineuses contre Trump, haineuses contre Poutine, nos Ă©lites des « Grandes Voix » – comme celle de C dans l’air et bien d’autres – devraient devenir de fervents partisans d’une Europe autonome sur tous les plans. Car, cernĂ©e par Trump Ă  l’Ouest et Poutine Ă  l’Est, l’Europe a de gros soucis Ă  se faire. À moins de s’ouvrir sur la MĂ©diterranĂ©e, l’Afrique du Nord et la Turquie peut-ĂȘtre.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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