« La conspiration fonctionne comme dans l’AntiquitĂ©
parce que nous sommes des lùches et des paresseux !
La tyrannie à base de bonnes idées,
c’est vieux comme la modernité »

Entretien avec Nicolas Bonnal, auteur de Littérature et conspiration (éditions Dualpha)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

 

Pourquoi ce livre sur la conspiration ?

Il sert Ă  montrer que la thĂ©orie de la conspiration n’est pas l’apanage d’idiots et de paranos, mais souvent de grands esprits et de grands auteurs qui au cours des siĂšcles ont dĂ©veloppĂ© la thĂ©orie de la constatation : il y a des Ă©lites, des castes plutĂŽt, de prĂȘteurs et de traiteurs des informations qui nous exploitent et nous guident mal. J’explique ainsi grĂące Ă  La BoĂ©tie que la pratique (et non la thĂ©orie) de la conspiration fonctionne comme dans l’AntiquitĂ© parce que nous sommes des lĂąches et des paresseux !

 

De quels auteurs précisément parlez-vous ?

Pour moi, tout a commencĂ© avec Chateaubriand quand il dit Ă  la fin des MĂ©moires que la chimĂšre actuelle est d’arriver Ă  une humanitĂ© unifiĂ©e. Lui a compris le premier. Les LumiĂšres voulaient cette unitĂ©, pas lui. Car elle donne les horreurs de la RĂ©volution et de cette pensĂ©e inique, si bien dĂ©crite par Cochin. AprĂšs, il y a des romanciers populaires comme John Buchan (stupĂ©fiant dans Les Trente-neuf marches), Jack London ou Gustave Le Rouge (La conspiration [des milliardaires]) qui comprennent le danger que fait courir le capitalisme humanitaire Ă  notre monde. Il y a, bien sĂ»r, Chesterton aussi et son nommĂ© Jeudi qui montre comment la police va noyauter tous les noyaux de rĂ©sistance. C’est comme ces hackers russes derriĂšre qui les agents du web libre dĂ©couvrent la CIA.

Littérature et conspiration de Nicolas Bonnal, 252 pages, 29 euros, éditions Dualpha, collection « Patrimoine des Lettres », dirigée par Philippe Randa.

Littérature et conspiration de Nicolas Bonnal, 252 pages, 29 euros, éditions Dualpha, collection « Patrimoine des Lettres », dirigée par Philippe Randa.

À vous lire, il y a vraiment beaucoup de grands auteurs qui y croient, à cette conspiration !

Oui, deux gĂ©nies de la littĂ©rature universelle comme DostoĂŻevski et CĂ©line notamment, y croyaient dur comme fer. J’explique comment DostoĂŻevski affronte gĂ©nialement le thĂšme du rĂ©seau ou du relativisme, comment CĂ©line lutte contre la pub et Bernays. Tout comme Hermann Hesse aussi.

Le pire est que les Ă©lites ne sont pas mĂ©chantes ou ne se voient pas comme mĂ©chantes. Chesterton explique qu’elles se veulent modernistes et avant-gardistes, Jack London qu’elles rĂ©Ă©duquent leurs enfants dans un sens humanitaire pour amĂ©liorer l’humanitĂ©. La tyrannie Ă  base de bonnes idĂ©es, c’est vieux comme la modernitĂ©.

 

Vous n’aimez pas le « bourgeois » et rappelez que Dumas non plus


Dumas a tout vu sur la liquidation aristocratique et sur la transformation de la France en terre bourgeoise branchée sous le rÚgne de Louis XIV. Je cite des extraits incroyables. Fukuyama explique, lui, comment on a créé le bourgeois, ce dont Taine, avant lui, avait également pris conscience.

 

Est-ce que tout cela finira bien ?

Non. Pour notre bien, on veut nous détruire. Jésus voulait récupérer sa brebis perdue, les modernes veulent éliminer tout le troupeau par peur de la vache folle.

Ce qui m’a passionnĂ©, dans cette Ă©tude – et j’espĂšre que ce sera le cas de nombreux lecteurs – c’est d’avoir vu que les grands gĂ©nies de la gauche tendaient la main sur ce chapitre Ă  ceux de la droite.

 

Littérature et conspiration de Nicolas Bonnal, 252 pages, 29 euros, éditions Dualpha, collection « Patrimoine des Lettres », dirigée par Philippe Randa. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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