À quoi servent les mĂ©dias ? À la suite de notre article relatant une Ă©mission de la Radio TĂ©lĂ©vision Suisse (RTS) la semaine derniĂšre (voir site de l’OJIM), nous reprenons un papier de l’Antipresse de Slobodan Despot sur le sujet.

À quoi les mĂ©dias servent-ils, au fond ?

« Les mĂ©dias ont-ils tout faux ? » s’est demandĂ© la RTS cette semaine, sur le plateau d’Infrarouge. La question Ă  premiĂšre vue semble futile. Vu de la rue, oui, les mĂ©dias ont «tout faux». Mais si l’on varie le point de vue, la rĂ©ponse paraĂźt moins Ă©vidente.

Parmi les mĂ©tiers d’aujourd’hui, celui de journaliste souffre vraisemblablement de la cote de confiance la plus basse. Économiquement, sa survie mĂȘme semble menacĂ©e. En Suisse, les journaux ferment les uns aprĂšs les autres. En France, les titres «de rĂ©fĂ©rence» ne survivent que grĂące Ă  un subventionnement massif par l’État.

Or, lorsqu’un pouvoir, en pĂ©riode de crise, injecte des centaines de millions dans une institution (d’ailleurs privĂ©e), alors mĂȘme que son contribuable descend dans la rue Ă  force de ne plus pouvoir nouer les deux bouts, c’est qu’il trouve dans cette institution une utilitĂ© concrĂšte, non seulement une cause culturelle Ă  dĂ©fendre. La satisfaction du client, sa fidĂ©litĂ© ou son nombre ne jouent en l’occurrence, aucun rĂŽle. Le poids d’un organe officiel n’est pas dĂ©fini par la portĂ©e de sa voix, mais par l’accrĂ©ditation, gĂ©nĂ©ralement tacite, dont il jouit. Libé ou Le Temps sont Ă  la fois des titres journalistiquement foutraques et Ă©conomiquement marginaux, ils n’en donnent pas moins le ton. La voix du politburo peut n’ĂȘtre qu’un murmure (et elle est gĂ©nĂ©ralement dĂ©daigneuse et lasse), elle ne vous flanque pas moins la chair de poule.

Les directeurs des journaux concernĂ©s s’offusqueront bien entendu de ce rapprochement historique compromettant. Ils sont indĂ©pendants, ils ne rendent de comptes Ă  personne, ils publient des enquĂȘtes intrĂ©pides, d’ailleurs le prĂ©sident ou tel ministre les a en grippe
 etc. Il suffit toutefois d’établir l’organigramme socio-Ă©conomique de leur patronat-actionnariat pour comprendre qu’il existe au-dessus des besogneux une connivence de caste Ă  une hauteur stratosphĂ©rique que les turbulences du relief terrestre n’affectent pas1.

A de telles altitudes, la distinction privĂ©-public devient inopĂ©rante. Du reste, le comportement de caste des journalistes est semblable, qu’ils travaillent dans le service public ou dans le privĂ©. Mais ce n’est pas dans les hauteurs bĂ©antes que l’on doit situer le dĂ©bat sur la dĂ©bĂącle des mĂ©dias. A la rigueur mĂȘme, elles ne nous concernent pas. Ce qui nous concerne, en tant que citoyens, c’est leur contribution (ou leur obstruction) au bon fonctionnement de la sociĂ©tĂ© censĂ©ment dĂ©mocratique oĂč nous vivons.

Un peuple qui ne croit plus en rien
 n’est plus un peuple

Cette contribution, nul n’était mieux Ă  mĂȘme de la dĂ©finir que Hannah Arendt, grande analyste et grand tĂ©moin de l’ùre totalitaire (voir Ă  ce sujet la remarquable sĂ©rie qui lui est consacrĂ©e par le Cannibale lecteur dans nos trois derniers Antipresse, 180, 181, 182). Elle le dit de maniĂšre simple et carrĂ©e dans cet entretien accordĂ© Ă  la New York Review of Books vers la fin de sa vie :

«DĂšs le moment oĂč nous n’avons plus une presse libre, tout peut arriver. Ce qui permet l’avĂšnement du totalitarisme ou de n’importe quelle autre dictature, c’est le fait que les gens ne sont pas informĂ©s; comment vous faire une opinion si vous n’ĂȘtes pas informĂ©? Quand tout le monde vous ment en permanence, le rĂ©sultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privĂ© non seulement de sa capacitĂ© d’agir mais aussi de sa capacitĂ© de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez.»

Or pour que les gens soient informĂ©s, il faut que deux conditions au moins soient rĂ©unies: a) que l’information soit de qualitĂ©; b) que ses destinataires aient envie et/ou la possibilitĂ© de la recevoir. On peut discuter Ă  l’infini de la question de savoir si la qualitĂ© de l’information se perd, mais il suffit — soyons francs — d’ouvrir un quelconque journal d’il y a un demi-siĂšcle pour trancher assez rapidement ce dilemme, ne serait-ce qu’en termes de quantitĂ© de donnĂ©es proposĂ©es, de tenue de la langue et d’articulation des arguments. Quoi qu’il en soit, il est indiscutable que l’envie d’information provenant des canaux traditionnels, au sein du public, s’est considĂ©rablement attĂ©nuĂ©e.

Au-delĂ  mĂȘme de ces critĂšres Ă©vidents de faillite, on peut aussi lire le syllogisme de Hannah Arendt dans un autre sens.

À l’envers, l’impĂ©ratif moral devient simple constat: puisqu’il n’y a pas de presse libre et que les gens ne sont pas bien informĂ©s, cela veut dire que nous ne sommes pas en dĂ©mocratie.

Si le systĂšme oĂč nous vivons n’est pas, ou n’est plus, dĂ©mocratique, s’il n’a pas besoin de citoyens informĂ©s mais d’une masse ignare, il se pourrait que les mĂ©dias de grand chemin n’aient pas «tout faux» mais qu’au contraire ils soient conformes au mouvement de fond de ce temps. DĂ©sorienter le public — pour qu’il ne «croie en rien» —, et le divertir dans les deux sens du mot : l’occuper et le dĂ©tourner de l’essentiel. Du gouvernement de sa propre vie. Capitalisme du dĂ©sastre, encore ! Merci Ă  Naomi Klein de nous l’avoir illustrĂ©.

Comprendre la fonction objective des mĂ©dias au sein de cette sociĂ©tĂ© complexe n’est pas l’affaire d’un billet d’humeur. J’y reviendrai la semaine prochaine en tentant de dĂ©tailler un peu le tableau de causalitĂ©s systĂ©miques reliant les divers aspects de ce qui nous paraĂźt dĂ©finir leur dĂ©clin:

  • ConsanguinitĂ© intellectuelle
  • Cercle vicieux de la dĂ©pendance publicitaire.
  • CompĂ©tition dĂ©gradante avec l’information «instantanĂ©e» des rĂ©seaux sociaux.
  • Effets suicidaires de la gratuitĂ©.
  • Concentration aux mains de groupes financiers ou industriels.
  • Complaisance vis-Ă -vis des pouvoirs.
  • Lavage de cerveaux «politiquement correct».
  • MĂ©pris du lecteur/client.

Ce paysage aprĂšs la bataille demanderait Ă©videmment d’amples dĂ©veloppements. Pour le moment, mĂ©ditons un peu sur cette intrication de causes et d’effets se renforçant mutuellement depuis, environ, la fin des annĂ©es soixante.

Article paru sur le site de l’OJIM.

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