10 mai 2016

L’arnaque du Brexit

Par Thomas Ferrier

 

Pendant que les adeptes du Brexit, attribuant tous les bienfaits à un départ du Royaume-Uni d’une Union Européenne dont il ne partage pourtant ni la monnaie ni les règles de l’espace Schengen, au point où son appartenance à cette organisation est des plus lâches, Londres élisait son premier maire musulman issu du sous-continent indien, et ce, face à un candidat souverainiste en la personne de Zac Goldsmith.

Pendant que UKIP, l’organisation de Nigel Farage, prétend dénoncer l’immigration, mais uniquement quand elle provient des autres pays européens, Pologne en tête, dans le cadre de son soutien au Brexit, le Commonwealth post-colonial règne en maître dans la capitale. L’organisation UKIP avait été d’ailleurs des plus discrètes lors du scandale Rotherham où une organisation criminelle « issue de la diversité » prostituait des centaines de petites filles britanniques.

Le mensonge des souverainistes britanniques, c’est de faire croire que le Royaume-Uni est privé de sa liberté et menacé dans son identité par une Union Européenne qui n’est qu’un nain politique et ce par la faute des USA. En réalité, la « souveraineté » vantée par les partisans du Brexit n’est qu’une arnaque, puisque le Royaume-Uni continuera d’être le 51e État de l’Union, comme l’a rappelé à sa manière Barack Obama. Où est sa souveraineté ? En hébergeant Echelon, en soumettant sa défense nucléaire aux intérêts américains ? Où est son identité ? En peuplant ses rues de migrants issus de son ancien empire colonial ?

Une souveraineté de papier. Une identité subvertie. Que changerait le Brexit à cet état de fait ? En dénonçant l’Europe comme la principale responsable de la déchéance du Royaume-Uni, au prix du risque d’une sécession justifiée de l’Écosse et peut-être du Pays de Galles, au prix de relancer le conflit en Irlande du nord, les souverainistes se trompent de combat.

Le BNP résiduel, marginalisé par la formation de Nigel Farage et divisé par des querelles intestines, a réagi par l’intermédiaire de son représentant de Londres, qui a tourné sciemment le dos au nouveau maire, Sadiq Khan. Mais le BNP lui-même est partisan du Brexit, ne comprenant pas que plus d’Europe, c’est moins d’Asie (dans le cas présent) et bien sûr moins d’Amérique.

Si l’Union Européenne actuelle n’est pas à la hauteur des enjeux, et si ses dirigeants rampent devant Erdogan ou devant le pape, grand défenseur des migrants, mais pas des croyants, et est indigne de la noble idée européenne, l’État britannique ne trahit pas moins les intérêts du peuple, en le soumettant à un multiculturalisme suicidaire contre lequel UKIP ne dit rien. Et si le partisan du Brexit Boris Johnson, qui aurait mieux fait de se représenter aux élections à Londres plutôt que de vouloir remplacer David Cameron, a laissé le poste au travailliste Sadiq Khan, ce n’est pas un hasard non plus.

Le souverainisme mène à l’europhobie et l’europhobie mène au grand remplacement. L’exemple britannique nous montre aussi que rêver d’un Frexit n’est pas sérieux. Souhaitons que les Britanniques restent dans l’Union Européenne, même si celle-ci est pour le moment d’une grande médiocrité, car ne jetons pas le bébé européen avec l’eau de son bain sous prétexte que celle-ci serait trop tiède. Mais n’oublions pas qu’Obama veut aussi que le Royaume-Uni reste dans l’Union Européenne pour maintenir le diktat américain.

Dire non au Brexit devrait être la première marche d’une révolution politique pour que les Britanniques retrouvent une Angleterre anglaise au sein d’une Europe européenne, et ne conservent pas un Royaume-Uni « multikulti », même « souverainiste ».

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