Fils d’un officier suisse au service du roi de France, Jean, FrĂ©dĂ©ric PerrĂ©gaux (1744-1808) travaille Ă  Paris pour Necker, Ă  partir de 1765, puis devient l’associĂ© du banquier suisse Isaac Panchaud, en 1781. Ils sont notamment les banquiers du cardinal de Rohan.

RĂ©putĂ© pour sa vie fastueuse et mondaine, il profite largement des emprunts lancĂ©s par Necker, si avantageux pour les crĂ©anciers et ruineux pour l’État français. Il engage un an avant la tourmente rĂ©volutionnaire un jeune homme plein d’avenir, Jacques Laffitte.

AffolĂ© par la chute des cours boursiers qui suit le renvoi de Necker, les 12 et 13 juillet 1789, il mobilise tous ceux qui le veulent bien et devient ainsi un des nombreux « Vainqueurs de La Bastille » (et probablement le plus riche). Ébloui par la prostituĂ©e luxembourgeoise Anne ThĂ©roigne « de MĂ©ricourt », il en devient le mĂ©cĂšne.

En 1791-94, il soutient gĂ©nĂ©reusement les « Patriotes » de la section de la Place VendĂŽme (rebaptisĂ©e « des Piques », en septembre 1792) : c’est la 5e section parisienne, celle de Maximilien Robespierre (qui le mĂ©prise ouvertement) et des « ultras » Jacob Pereira et Andres Guzman, « Don Tocsinos ».

En outre, il est l’un des banquiers du ComitĂ© de salut public. Il procure des fonds provenant du gouvernement britannique au trĂšs corrompu Bertrand BarĂšre, l’homme qui a remplacĂ© le non moins corrompu Jean HĂ©rault de SĂ©chelles Ă  la direction des Affaires ÉtrangĂšres au ComitĂ© de salut public, et qui trahit les secrets du gouvernement rĂ©volutionnaire au profit des ennemis britanniques
 Talleyrand ne fera pas mieux, sous l’Empire.

Ainsi protĂ©gĂ© des accusations de « modĂ©rantisme », il peut spĂ©culer en toute quiĂ©tude sur les grains, exporter frauduleusement – en pleine guerre – vers l’Espagne ou surtout la Grande-Bretagne les biens des Ă©migrĂ©s (et certains des siens), tout en achetant Ă©normĂ©ment de Biens Nationaux. Pour son trafic d’Outre-Manche, il est associĂ© au banquier britannique Robert Herries et, pour celui d’Espagne, au banquier Francesco Cabarrus.

Lorsqu’en fĂ©vrier 1794, des accusations contre ses trafics commencent Ă  circuler au ComitĂ© de salut public, BarĂšre le fait passer en Suisse, nanti d’un passeport faisant de lui un envoyĂ© en mission.

Plus prospĂšre que jamais, il est trĂšs influent sous le Directoire, oĂč il finance Talleyrand, le trĂšs vĂ©nal ministre des Relations ExtĂ©rieures, de juillet 1797 Ă  juillet 1799. Il achĂšte le chĂąteau de Viry-ChĂątillon Ă  Antoine de Sartine, Ă©migrĂ© en Espagne.

Il ouvre, le 19 juin 1796, la Caisse des comptes courants, Ă  la fois banque de dĂ©pĂŽts et banque d’affaires. Il marie sa fille Hortense, le 12 avril 1798, Ă  un ami de Bonaparte : le jeune gĂ©nĂ©ral de brigade Louis Marmont de Viesse, futur marĂ©chal d’empire, puis finance, avec Claude Perier et Jean-BarthĂ©lĂ©my Le Couteulx de Canteleu, le coup d’État des 18-19 brumaire VIII (9 et 10 novembre 1799).

Bonaparte n’est pas un ingrat. PerrĂ©gaux devient l’un des RĂ©gents de la Banque de France (le 13 fĂ©vrier 1800), puis le PrĂ©sident de son Conseil de RĂ©gence (le 18 octobre 1801). SĂ©nateur depuis le 26 dĂ©cembre 1799, il est crĂ©Ă© comte d’Empire et NapolĂ©on lui octroie mĂȘme les honneurs du PanthĂ©on, le 22 fĂ©vrier 1808, cinq jours aprĂšs sa mort.

C’est, comme Le Couteulx de Canteleu, mais avec un plus important rĂ©seau de relations internationales, l’archĂ©type du financier, proche du Pouvoir, quel qu’en soit le titulaire.

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