C’est en 2001, lors de l’implosion de la Volksunie, que fit son apparition la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, en français, Alliance néoflamande) en qualité de parti politique flamand.

Cette filiation idéologique et politique, entre Volksunie et la N-VA, est si évidente que, malgré son apparition récente sur l’échiquier politique, la N-VA a participé, à deux reprises, à une coalition électorale, non pour gouverner l’État fédéral (comme ce fut le cas pour la Volksunie), mais dans le cadre du gouvernement de la Flandre. La N-VA a formé le « cartel flamand », avec le parti Christen-Democratisch en Vlaams (CD & V, parti démocrate-chrétien et flamand) dont l’inspiration est démocrate-chrétienne et favorable à la construction européenne (le CD & V siège, au sein du Parlement européen, avec l’ensemble des droites européennes au sein du groupe majoritaire le PPE, Parti Populaire Européen, comme la CDU-CSU allemande, le Parti Populaire espagnol ou l’UMP française notamment).

La N-VA reprit donc l’héritage idéologique de la Volksunie, disparue, et une bonne partie des voix du Vlaams Blok, devenu Vlaams Belang, pourrait-on noter en résumant son positionnement et ses résultats électoraux, liés en partie à la chute du VB lors des dernières élections.

Quant à l’élu (à l’époque) au Parlement européen de la N-VA, il siège avec le groupe des Verts et des régionalistes européens, l’ALE (« Alliance Libre européenne »), comme le SNP écossais ou les anciens élus belges de la défunte Volksunie.

La N-VA changera de partenaires européens à partir des élections européennes de 2014. La « droitisation » de son discours va faire évoluer les élus européens qui s’allieront avec le groupe des « conservateurs » dont la colonne vertébrale est le parti majoritaire britannique. Le groupe « Conservateurs et réformistes européens » (CRE) comprend aussi un certain nombre de mouvements de droite plutôt souverainistes, voire considérés comme « populistes » (ou pire…) par les tenants du système. Le groupe CRE comprend ainsi les élus du Parti populaire danois, des « Vrais finlandais » comme de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Sans fréquenter (encore ?) les groupes de Marine Le Pen ou de Nigel Farage, la N-VA s’ancre à droite.

Enfin, la N-VA a emporté la mairie d’Anvers par l’intermédiaire de son leader, Bart de Wever, devenu le bourgmestre de la plus grande commune flamande depuis les élections communales du 14 octobre 2012 avec près de 38 % des voix contre moins de 29 % pour la liste de cartel du parti socialiste flamand (SP.A) et du parti de droite, le CD & V, emmenée par le bourgmestre sortant battu, le socialiste Patrick Janssens, détenteur du mandat depuis 2003.

Cette victoire à Anvers, emblématique de par la nature de cette commune, est acquise grâce à un déplacement massif des voix des électeurs du parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang qui chute à Anvers de près de 34 %, lors des élections précédentes en 2006, à seulement un peu plus de 10 % augurant ainsi une forme de regroupement des électeurs flamands autour d’un thème identitaire plutôt qu’uniquement lié à la dénonciation de la présence étrangère, thème récurrent du VB.

Le score, certes élevé, de la liste de la N-VA emmenée par Bart de Wever, près de 38 %, ne lui permettait pas de diriger l’exécutif local de la commune d’Anvers.

Les négociations lui permirent d’être à l’origine d’une coalition avec le CD & V, parti avec lequel il a déjà dirigé la Flandre (et avec lequel il va la diriger à nouveau peu après ces élections) ; on peut noter que le CD & V faisait déjà partie de la coalition sortante avec les socialistes flamands du bourgmestre sortant.

La coalition comprend aussi les libéraux issus du parti, l’« Open Vlaamse Liberalen en Democraten », (en français : « Libéraux et démocrates flamands »), dont Guy Verhofstadt (ancien Premier ministre fédéral ; nous avions évoqué précédemment son combat favorable aux principes européens contre les dérives, réelles ou supposées, du parti majoritaire hongrois) qui préside le groupe libéral au Parlement européen, est un des éminents membres.

Ainsi cette victoire électorale marque certes l’importance du poids politique intrinsèque, et représentatif, de la N-VA, mais aussi deux éléments fondamentaux en matière politique : d’une part, sa propre capacité à assimiler, dans sa quasi-globalité, les électeurs aux revendications flamingantes et d’autre part, sa capacité de s’intégrer, certes après d’âpres et interminables négociations et tergiversations, mais en qualité d’élément moteur au sein d’une coalition électorale, en l’espèce avec la droite flamande, composée des chrétiens-démocrates et des libéraux, à une majorité absolue de gouvernance.

Cette coalition communale à Anvers, avec les composantes de la droite flamande, met à bas l’objectif de « cordon sanitaire », sorte de frontière électorale entre la N-VA et les autres partis démocratiques, que souhaitaient mettre en place les partis socialistes belges, wallon comme flamand.

Outre cette victoire dont les retombées vont produire rapidement leurs effets, la N-VA obtient un succès dans plusieurs grandes villes flamandes : près de 23 % à Ostende, près de 20 % à Bruges, 17 % à Gand, plus de 16 % à Courtrai… et l’emporte dans d’autres communes comme Alost, Saint-Nicolas et Roulers (soit, avec Anvers, un total de quatre des douze plus grandes villes flamandes).

Surtout, l’année 2014 fut l’année de la consécration pour le parti identitaire flamand. Depuis cette date, la N-VA est devenue incontournable, véritable parti de gouvernement. Depuis mai 2014, la N-VA fait partie des coalitions tant au niveau régional qu’au niveau fédéral.

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