Le SystĂšme le ressasse jusqu’à la satiĂ©tĂ©. Cumulant des facettes conservatrices, traditionalistes, rĂ©actionnaires, nationalistes, rĂ©trogrades, une vague populiste irrĂ©sistible se rĂ©pand en France, en Allemagne, en Italie, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Belgique et mĂȘme aux États-Unis.

Or, ce soi-disant mal politique pernicieux, qui n’est pas une idĂ©ologie, mais plutĂŽt une sensibilitĂ© politique, ne se limite pas aux seules « droites radicales ». Il se manifeste aussi Ă  gauche.

En GrÚce, avant de se plier avec complaisance au joug germano-bancaire de la sinistre Troïka, Syriza en symbolisait la version hellénique.

En France, Jean-Luc MĂ©lenchon s’affirme en candidat de la « France insoumise » et prend des accents buissoniens au sujet des travailleurs dĂ©tachĂ©s et des migrants.

En Allemagne, bien que désavouée, la députée fédérale du parti Die Linke, Sahra Wagenknecht, maintient ses vives critiques de mai 2016 contre la folle politique migratoire de Merkel.

En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn vient de remporter une victoire Ă©clatante qui renforce sa lĂ©gitimitĂ© Ă  la tĂȘte du Parti travailliste en dĂ©pit d’une tentative d’éviction fomentĂ©e par des parlementaires dĂ©connectĂ©s des milieux syndicaux et populaires. RĂ©publicain, pacifiste, vĂ©gĂ©tarien, anti-OTAN, pro-Palestinien et eurosceptique convaincu, Corbyn approuve l’immigration, dĂ©fend l’unification de l’Irlande et met dans les poubelles de l’histoire l’infĂąme blairisme social-libĂ©ral.

Quant Ă  la Belgique, elle pourrait voir en 2018 l’entrĂ©e au Parlement du Parti du Travail, l’ultime formation nĂ©o-maoĂŻste d’Europe.

En Islande, les lĂ©gislatives anticipĂ©es du 29 octobre dernier ont vu l’entrĂ©e en force des dix dĂ©putĂ©s du Parti pirate. InventĂ© en 2006 en SuĂšde, le terme recouvre souvent des intĂ©rĂȘts politiques variables selon les pays.

Mais c’est en Espagne oĂč le populisme de gauche demeure le plus fĂ©cond. Sur cette vieille terre anarchiste, cet « autre populisme » se dĂ©cline en plusieurs variantes : ethno-communistes chez les Basques proches d’ETA ; indĂ©pendantiste radicale pour la CUP (Candidature d’unitĂ© populaire) catalane ; sociale et protestataire avec Podemos. Aux lĂ©gislatives de dĂ©cembre 2015, la formation de Pablo Iglesias effectua une vĂ©ritable percĂ©e, suite Ă  une campagne rĂ©solument tournĂ©e contre l’Établissement. Aux lĂ©gislatives suivantes de juin 2016, ce parti perdit plusieurs milliers de voix, car Iglesias s’était associĂ© Ă  La Gauche unie, l’antique coalition Ă©colo-communiste, et renoncĂ© Ă  tout propos trop virulent. Cependant, la crise interne qui secoue les socialistes espagnols entre une direction rĂ©voquĂ©e, hostile Ă  tout compromis avec la droite, et des barons locaux prĂȘts Ă  des concessions, pourrait relancer Podemos et en faire la future opposition Ă  Mariano Rajoy.

Le populisme de gauche s’est enfin trouvĂ© sa thĂ©oricienne, la philosophe belge Chantal Mouffe qui a dĂ©jĂ  contribuĂ© Ă  la revue Krisis d’Alain de Benoist. Avec son compagnon aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©, l’Argentin Ernesto Laclau, elle a posĂ© les bases thĂ©oriques d’un populisme de gauche.

Chantal Mouffe qui se rĂ©fĂšre Ă  Carl Schmitt, admet proposer « un populisme de gauche, affirme-t-elle dans Fakir (septembre-octobre 2016), avec un « nous » qui inclut les immigrĂ©s, mais qui pointe comme adversaires les multinationales, les grandes fortunes, « ceux d’en bas » contre « ceux d’en haut ». »

Sa suggestion est hélas bien trop limitée. Hormis le cas particulier italien, le populisme, comme toutes les manifestations politiques de la modernité, conserve une malencontreuse et incapacitante hémiplégie.

Bonjour chez vous !

(Cette « Chronique hebdomadaire du Village planétaire » a été diffusée sur Radio-Libertés le 10 novembre 2016)

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