L’Europe de Bruxelles s’affole. L’état de dĂ©liquescence, de doute, de remise en cause, les coups de boutoirs rĂ©pĂ©tĂ©s amĂšnent l’UE Ă  envisager des scĂ©narios d’avenir surprenants. Le Brexit amorcĂ©, l’Irlande du Nord sans gouvernement et tiraillĂ©e entre Europe et Royaume Uni, l’Écosse qui relance ses vellĂ©itĂ©s d’indĂ©pendance, l’Ɠil rivĂ© sur Bruxelles.

Les « 4 de Visegrad » (Pologne, Hongrie, TchĂ©quie, Slovaquie) en congĂ© partiel d’UE ; l’Italie en proie aux atermoiements sur l’UE ; la Russie en plein redĂ©ploiement en Europe ; les Pays-Bas, l’Autriche, en mal de souverainetĂ©, comme la France. Cela commence Ă  faire beaucoup pour la Commission et un Parlement europĂ©en en plein dĂ©sarroi.

Les Ă©lites s’affolent bien sĂ»r aussi. Leur remise en cause de plus en plus insistante par les peuples, s’accompagne de celle des partis traditionnels et d’une justice politisĂ©e partout en Europe et conforme Ă  l’idĂ©ologie dominante des droits de l’homme, de l’europĂ©isme mondialiste bĂ©at et de la multiculturalitĂ©. Les partis classiques, les journalistes « officiels », la justice du « mur des cons », forment un ensemble cohĂ©rent qui poursuit les mĂȘmes objectifs, associĂ©s au mouvement associatif, animĂ© des mĂȘmes idĂ©ologies. L’exaspĂ©ration des journalistes « officiels » dirimants est bien comprĂ©hensible dĂšs lors que tout leur environnement douillet s’effrite.

Alors on ouvre ici ou lĂ  quelques soupapes de rĂ©flexion dans une cacophonie de poulailler. Pour certains pays, il faut rĂ©cupĂ©rer des parts de souverainetĂ© sur l’UE, mais pas tous, pour ne pas se priver de ses subsides. C’est le cas du Groupe de Visegrad, dont trois sur quatre ne font pas partie de la zone euro (seule la Slovaquie en fait partie). Solutions bĂątardes et bancales. Les mĂȘmes, et d’autres, souhaitent donner plus de pouvoir au Conseil europĂ©en (chefs d’État et de Gouvernement) au dĂ©triment de la Commission.

D’autres conçoivent Ă  nouveau l’idĂ©e d’une « Europe Ă  deux vitesses », ou Ă  « gĂ©omĂ©trie variable », ou « à la carte », Ă©tant entendu que « deux vitesses » existent dĂ©jĂ  entre les 17 de la zone euro et les 27/28 de l’UE. Depuis le traitĂ© d’Amsterdam en 1997, les États membres peuvent diffĂ©rencier leur intĂ©gration Ă  travers une coopĂ©ration renforcĂ©e. Cette procĂ©dure permet Ă  un minimum de neuf États de poursuivre une politique commune sans y associer les autres membres de l’UE. La brĂšche est ouverte mais pas encore utilisĂ©e du fait de la rĂšgle de l’unanimitĂ© qui accompagne le processus. Une Europe Ă  28 vitesses n’est-elle pas finalement envisageable tant les absurditĂ©s pĂšsent sur nos Ă©lites europĂ©ennes ?

Quant au Brexit, rien ne dit qu’il sera dĂ©finitif. Au travers des nĂ©gociations interminables attendues et compte tenu des « assouplissements Ă  la carte » possibles, le Royaume Uni peut, peut-ĂȘtre, rester dans un bout d’Europe, associĂ© Ă  d’autres États eurosceptiques, dans un systĂšme de coopĂ©ration renforcĂ©e portant sur tels ou tels points. Le Royaume Uni pragmatique ne connaĂźt que ses intĂ©rĂȘts. Les quatre principes dits « indissociables » : libre circulation des biens, des services, des capitaux et des hommes, est aussi remis en cause, certains voulant en conserver 1 ou 2 ou 3 sur 4 la plupart du temps (exit la libre circulation des personnes). D’accord pour commercer et bĂ©nĂ©ficier des avantages financiers de l’UE, mais reprise de souverainetĂ© et renforcement des frontiĂšres pour les hommes. Et encore, lorsque l’on parle d’« avantages financiers », faudrait-il prĂ©ciser pour qui, car la thĂ©orie des vases communicants si elle enrichit les uns, elle appauvrit les autres ! LĂ  encore les dĂ©bats ne sont pas clos, mais leur existence mĂȘme est le signe d’un affaissement manifeste de la construction europĂ©enne nĂ©e en 1957 en mĂȘme temps qu’une rĂ©surrection des identitĂ©s et des valeurs europĂ©ennes.

Petits bouts par petits bouts, l’Europe s’affale comme une voile sans vent. L’Europe en panne peut permettre d’ouvrir de nouveaux horizons. Mais en se gardant des puissances Ă©conomico-financiĂšres qui savent toujours s’adapter aux changements, quels qu’ils soient. Une Europe non mondialisĂ©e mais armĂ©e pour rivaliser avantageusement avec les autres puissances rĂ©gionales est dĂ©sormais possible.

 

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Philippe Randa,
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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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