Il est intĂ©ressant d’observer l’évolution de la diplomatie amĂ©ricaine sur la Syrie d’abord, mais, de façon plus gĂ©nĂ©rale, sur le Moyen-Orient. Il ne serait pas exagĂ©rĂ© de parler d’un vĂ©ritable dĂ©sengagement amĂ©ricain dans cette rĂ©gion du monde. Les USA s’étaient pourtant longtemps et douloureusement investis, aux cĂŽtĂ©s d’IsraĂ«l et de l’Arabie Saoudite contre l’Iran, avec la Guerre du Golfe, la lutte contre Saddam Hussein


Mais le fait est que l’Oncle Sam a Ă©tĂ© pratiquement absent pendant le renversement de la situation en Syrie. Ce n’est pas un hasard. Comme si les AmĂ©ricains, quelque peu las des efforts consentis jusqu’à prĂ©sent, avaient tendance Ă  se dĂ©sintĂ©resser du Moyen-Orient au profit des Russes.

On peut se demander si cela ne serait pas plutĂŽt la manifestation d’un nouvel isolationnisme amĂ©ricain qui commence Ă  se faire jour. AprĂšs 70 annĂ©es de prĂ©sence en Europe sous diverses formes avec l’Alliance Atlantique et l’OTAN en premiĂšre ligne, l’AmĂ©rique est probablement en train de tourner son regard vers d’autres lignes d’horizon, dans le Pacifique notamment, oĂč se joue plus vraisemblablement le sort du monde de demain.

Cette situation est parfaitement et clairement illustrĂ©e par les dĂ©clarations du candidat rĂ©publicain Ă  la prĂ©sidence des États-Unis Donald Trump. Ce dernier ne propose ni plus ni moins que de quitter l’OTAN et d’abandonner ces EuropĂ©ens dĂ©courageants et ingrats Ă  leur triste sort. Et qu’ils se dĂ©brouillent.

Cela se comprend d’autant mieux que depuis prĂšs d’un demi-siĂšcle, ce sont les AmĂ©ricains qui alimentent le trĂ©sor de guerre de l’OTAN, les AlliĂ©s europĂ©ens se contentant d’abonder chichement aux dĂ©penses de l’Alliance. Jamais les budgets des forces armĂ©es des pays europĂ©ens membres de l’Alliance n’ont quittĂ© un Ă©tiage extraordinairement faible : autour de 1 % du PNB des pays membres. Une vraie misĂšre. De quoi se payer quelques Ă©quipements rapiĂ©cĂ©s achetĂ©s dans les surplus amĂ©ricains.

Ces prises de positions sont d’autant plus significatives qu’elles reflĂštent un Ă©tat d’esprit qui se retrouvent dans les publications de certains remarquables penseurs militaires français (on songerait ici notamment au brillant gĂ©nĂ©ral Desportes, souvent mieux inspirĂ©) ou de certains partis de droite (que je ne nommerai pas).

Ces derniers se dĂ©clarent convaincus que la seule raison pour laquelle les pays europĂ©ens dĂ©pensent si peu pour leur sĂ©curitĂ© est l’appartenance Ă  l’OTAN et la protection amĂ©ricaine (Je me demande s’il ne faudrait pas Ă©crire : « les seules raisons pour lesquelles les pays europĂ©ens dĂ©pensent si peu pour leur sĂ©curitĂ© sont l’appartenance Ă  l’OTAN et la protection amĂ©ricaine ». Il est vrai que OTAN et protection amĂ©ricaine Ă©tant liĂ©es on pourrait aussi Ă©crire  » appartenance Ă  l’OTAN garante de la protection amĂ©ricaine » et laisser le verbe au singulier) . Le raisonnement est simple, peut-ĂȘtre mĂȘme simplet : quittons l’Alliance et tout ira bien. « Morte la bĂȘte, mort le venin ». Le robinet du budget des armĂ©es recommencera Ă  couler Ă  flots.

Ces propositions font un peu penser Ă  Gribouille qui se jetait Ă  l’eau pour Ă©viter de se faire mouiller par la pluie.

C’est une navrante naĂŻvetĂ© que de se convaincre que le seul obstacle Ă  plus de gĂ©nĂ©rositĂ© pour les armĂ©es rĂ©side dans la prĂ©sence de l’Oncle Sam sur le sol de l’Europe. L’explication est un peu courte. En fait, ce qui explique le dĂ©gonflement tendanciel des budgets militaires depuis plus d’un demi-siĂšcle est la concurrence que font les crĂ©dits sociaux, porteurs de juteuses rĂ©compenses Ă©lectorales Ă  court terme, aux crĂ©dits militaires vecteurs de sĂ©curitĂ©, certes, mais que rien ne valorise dans les urnes.

La vĂ©ritĂ© est aussi que l’esprit de dĂ©fense s’est effondrĂ© en Europe. Tout porte Ă  croire que, dĂ©pourvus de la force amĂ©ricaine Ă  leurs cĂŽtĂ©s, loin de se fortifier dans la rĂ©solution et la rĂ©silience, les gouvernements, comme les opinions publiques, ne manqueraient de mettre « sacs Ă  terre » au plus vite. Ils n’en seraient que plus prompts Ă  se rĂ©fugier dans le dĂ©faitisme le plus abject, portĂ©s Ă  toutes les soumissions et les compromissions avec l’ennemi, de l’extĂ©rieur ou Ă©ventuellement de l’intĂ©rieur.

A propos de l'auteur

Yves-Marie Laulan

Yves-Marie Laulan a Ă©tĂ© successivement au cabinet de Michel DebrĂ©, secrĂ©taire national du RPR, prĂ©sident du ComitĂ© Ă©conomique de l’OTAN et professeur Ă  Sciences Po, Ă  l’ENA et Ă  Paris II. Il prĂ©side aujourd’hui l’Institut de GĂ©opolitique des Populations.

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