D’aprĂšs le trĂšs sĂ©rieux Washington Post (5 dĂ©cembre), le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump pourrait envisager de renverser des dĂ©cennies de diplomatie amĂ©ricaine en reconnaissant officiellement JĂ©rusalem comme capitale d’IsraĂ«l et en ordonnant, subsĂ©quemment, la relocalisation de l’ambassade des États-Unis dans cette ville.

Donald Trump a tenu sa promesse électorale de reconnaßtre Jérusalem comme capitale d'Israël.

Donald Trump a tenu sa promesse Ă©lectorale de reconnaĂźtre JĂ©rusalem comme capitale d’IsraĂ«l.

Selon certains, cette dĂ©cision pourrait faire dĂ©railler les efforts de paix de la Maison-Blanche. Toutefois, une source proche de cette derniĂšre a fait savoir que l’emplacement actuel de l’ambassade Ă  Tel Aviv serait maintenu pour l’instant car le processus de dĂ©placement prendrait au moins trois ou quatre ans.

Le prĂ©sident a commencĂ© d’informer ses homologues de la rĂ©gion de sa dĂ©cision, provoquant moult avertissements de la part de plusieurs chancelleries affirmant que le mouvement mettrait le feu aux poudres et perturberait les tentatives d’accords de paix entre les IsraĂ©liens et les Palestiniens. Les alliĂ©s amĂ©ricains en Europe, y compris la France, se sont Ă©galement opposĂ©s Ă  un tel changement de politique, et le DĂ©partement d’État a envoyĂ© une note classifiĂ©e Ă  ses lĂ©gations au Moyen-Orient Ă  la fin du mois dernier avertissant de manifestations antiamĂ©ricaines potentielles.

Le prĂ©sident de l’autoritĂ© palestinienne, Mahmoud Abas, a dit Ă  Donald Trump qu’il jouait « avec le feu de l’extrĂ©misme », quand le roi Salman bin Abdul Aziz d’Arabie Saoudite l’a averti « qu’une telle dĂ©marche dangereuse de relocalisation ou de reconnaissance d’Al-Qods (sic. Nom arabe de JĂ©rusalem, NDLR) comme capitale d’IsraĂ«l constituerait une provocation manifeste Ă  l’égard des musulmans du monde entier. »

S’exprimant devant le parlement turc, le prĂ©sident Recep Tayyip Erdogan a dĂ©clarĂ© que la reconnaissance amĂ©ricaine de JĂ©rusalem serait une « ligne rouge » pour les musulmans, forçant peut-ĂȘtre la Turquie Ă  rompre ses relations diplomatiques avec IsraĂ«l rĂ©cemment reprises aprĂšs six ans d’interruption.

Les hauts responsables du Bureau ovale prĂ©sentent la dĂ©cision de Trump comme la rĂ©alisation d’une promesse Ă©lectorale importante qui bĂ©nĂ©ficie d’un large soutien bipartisan au CongrĂšs. Ils ont soulignĂ© que le changement ne changera pas fondamentalement d’autres aspects de la politique amĂ©ricaine. Par exemple, soulignent-ils, Trump reste favorable Ă  une solution Ă  deux États, autant que les deux parties le souhaitent, tandis que l’administration maintiendrait le statu quo sur les lieux saints de JĂ©rusalem.

L’entourage du prĂ©sident explique de plus que celui-ci ne faisait que prendre acte de la rĂ©alitĂ© d’une JĂ©rusalem qui fut historiquement la capitale d’IsraĂ«l quand la plus grande partie des institutions de son gouvernement – le bureau du Premier ministre, la Cour suprĂȘme et la lĂ©gislature – y avaient leurs siĂšges.

Le dĂ©placement de l’ambassade amĂ©ricaine dans cette ville trois fois sainte, serait une premiĂšre. Aucun autre pays n’a implantĂ© ses ambassades Ă  JĂ©rusalem, en vertu d’un consensus international de longue date selon lequel le statut de la ville devait ĂȘtre dĂ©cidĂ© dans un accord de paix entre les IsraĂ©liens et les Palestiniens.

IsraĂ«l a annexĂ© JĂ©rusalem-Est, qui contient la plupart des lieux saints importants pour les Juifs, les Musulmans et les ChrĂ©tiens, aprĂšs la guerre de 1967 contre les puissances arabes. Les Palestiniens revendiquent JĂ©rusalem-Est comme capitale d’un futur État, alors que beaucoup d’IsraĂ©liens et certains aux États-Unis considĂšrent que le secteur de la ville est dĂ©jĂ  et irrĂ©vocablement sous administration israĂ©lienne. Quelques-uns des principaux partisans juifs de Trump semblent soutenir ce point de vue.

D’autres dĂ©fenseurs de la reconnaissance de JĂ©rusalem en tant que capitale israĂ©lienne ont citĂ© la Russie en exemple. Moscou a, en effet, dĂ©clarĂ© JĂ©rusalem-Ouest comme la capitale israĂ©lienne sans susciter aucune vague de violence ou de rĂ©action diplomatique.

La principale leçon Ă  retenir de ce grand chambardement diplomatique est que les États-Unis tentent, nonobstant, de se maintenir dans le grand jeu moyen-oriental. Voudraient-ils apparaĂźtre comme les gendarmes du monde qu’ils ne s’y prendraient guĂšre autrement, sĂ»rs de leur puissance, malgrĂ© leur dette intĂ©gralement dĂ©tenue par la Chine. L’État profond Ă©tats-unien tire indĂ©niablement les ficelles d’une gĂ©opolitique de rĂ©agencement de la rĂ©gion telle qu’esquissĂ©e par Ralph Peter dans une revue militaire amĂ©ricaine, AFJ (Armed Forces Journal), en juin 2006, dans le sens d’un grand Moyen-Orient morcelĂ©.

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