Le 8 mars dernier, par la voix de Marianne Thyssen, commissaire Ă  l’emploi et Ă  la mobilitĂ© des travailleurs, la Commission europĂ©enne proposa une rĂ©forme des directives de 1996 et 2014 sur le dĂ©tachement des travailleurs. En l’état actuel, cette directive permet Ă  une entreprise europĂ©enne de recourir Ă  de la main-d’Ɠuvre d’un autre pays europĂ©en, aux conditions sociales du pays d’origine.

La rĂ©forme projetĂ©e consiste, selon les mots de la commissaire Ă  l’emploi et Ă  la mobilitĂ© des travailleurs, Ă  instaurer le principe « travail Ă©gal, salaire Ă©gal », mais sans pour autant que soit remise en cause la rĂšgle initiale selon laquelle le salariĂ© payĂ© aux conditions du pays d’accueil est assujetti au systĂšme de SĂ©curitĂ© sociale de son pays d’origine. La proposition de rĂ©forme limite Ă©galement la durĂ©e du dĂ©tachement Ă  deux ans.

Selon les estimations du ministĂšre français de l’Emploi, les travailleurs dĂ©tachĂ©s avoisineraient le nombre de 210 000 salariĂ©s, quand il atteint celui de deux millions de personnes sur l’ensemble de l’UE. Selon les donnĂ©es Eurostat pour 2014, une heure de travail coĂ»terait en moyenne Ă  l’employeur 39 euros en Belgique ou 40 euros au Danemark, alors qu’elle ne coĂ»te que 8,40 euros en Pologne, 4,60 euros en Roumanie ou 3,80 euros en Bulgarie.

Paris et Berlin se fĂ©licitent de ce progrĂšs dans la lutte contre le dumping social. Chez les principaux pourvoyeurs de salariĂ©s dĂ©tachĂ©s, la musique est quelque peu diffĂ©rente. Ainsi, Pologne, RĂ©publique tchĂšque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Croatie et Bulgarie sont-ils vent debout contre ce qu’ils estiment ĂȘtre une atteinte Ă  la compĂ©titivitĂ© de leurs entreprises face Ă  leurs concurrentes des pays plus riches (France, Allemagne, Belgique, principales destinations des travailleurs dĂ©tachĂ©s), chacun tirant la couverture Ă  soi.

En application d’une procĂ©dure rarissime, dite du « carton jaune », prĂ©vue Ă  l’article 5, paragraphe 3 du traitĂ© de Lisbonne, les parlements des dix pays prĂ©citĂ©s et le Danemark ont adressĂ© au prĂ©sident de la Commission un avis motivĂ© exposant les raisons pour lesquelles ils considĂšrent que le projet de directive ne respecte pas le principe de subsidiaritĂ©.

Marianne Thyssen ayant rĂ©pliquĂ© que « les objectifs de la proposition de directive sur les travailleurs dĂ©tachĂ©s seront mieux accomplis au niveau europĂ©en » a balayĂ© d’un revers de main les vellĂ©itĂ©s Ă©tatiques de rĂ©glementer, pro se, une question Ă©conomique d’intĂ©rĂȘt national.

À l’évidence, ces demandes lĂ©gitimes de plus grande libertĂ©, sinon de plus grande souverainetĂ©, Ă©taient vouĂ©es Ă  une fin de non-recevoir, sauf Ă  entamer sĂ©rieusement le dogme tutĂ©laire de la concurrence libre et non faussĂ©e. D’un autre cĂŽtĂ©, les requĂȘtes de ces pays principalement issus du bloc communiste (exceptĂ© le Danemark), rĂ©vĂšlent, Ă  l’envi, les profondes disparitĂ©s Ă©conomiques entre les zones « dĂ©veloppĂ©es » de l’Ouest et celles « moins avancĂ©es » de l’Est.

C’est un fait que les directives europĂ©ennes « travailleurs dĂ©tachĂ©s » fragilisent le tissu social des pays « riches » tout en paupĂ©risant leurs classes moyennes, pendant que les firmes multinationales occidentales dĂ©localisent massivement vers l’Est. Un tel cannibalisme social participe de la tendance gĂ©nĂ©rale Ă  la rarĂ©faction du travail, l’emploi jetable et mobile devenant une variable d’ajustement financiĂšre pouvant mĂȘme s’avĂ©rer rapidement rentable si un environnement juridique et fiscal des plus allĂ©gĂ©s le permet.

DĂšs lors, l’appel pathĂ©tique Ă  la subsidiaritĂ©, notion philosophique oĂč proudhonisme et personnalisme se donnent la main, se brise devant la froide rĂ©alitĂ© capitalistique.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.