« On a combattu la religion au nom de l’intelligence,
c’est aujourd’hui au nom de l’intelligence
qu’il faut la dĂ©fendre ! »

(RaĂŻssa Maritain)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Arette Alexis.

Arette Alexis.

D’un de vos prĂ©cĂ©dents livres, vous auriez dĂ©claré : « Si je l’avais Ă©crit il y a 500 ans, j’aurais Ă©tĂ© bon pour le bĂ»cher ! »  Et pour ce Grand Malentendu, mĂȘme crime, mĂȘme chĂątiment ?

Si j’ai sous-titrĂ© le livre « le testament d’un hĂ©rĂ©tique », c’est que je voulais remonter Ă  une Ă©poque ou l’Église considĂ©rait que « la foi du charbonnier » Ă©tait celle de l’attitude chrĂ©tienne par excellence. C’était l’époque ou Saint Augustin pouvait s’interroger, mais point le peuple. On avait d’ailleurs substituĂ© Ă  la Bible hĂ©braĂŻque une « histoire Sainte » qui faisait l’impasse sur les horreurs du Livre, dont Simone Weil a pu dire : « Parler d’un Dieu Ă©ducateur au sujet de ce peuple est une horrible plaisanterie ! » Mais c’est une autre juive convertie, RaĂŻssa Maritain, qui a situĂ© ainsi l’évolution que depuis l’on observe dans l’Église : « On a combattu la religion au nom de l’intelligence, c’est aujourd’hui au nom de l’intelligence qu’il faut la dĂ©fendre ! » Je me suis donc essayĂ© dans cet ouvrage Ă  l’analyse de ce qu’on soutenait par ignorance, car le livre prend en compte le temps ou l’Église condamna AbĂ©lard, pour avoir relevĂ© dans la Bible nombre de textes insoutenables, et ou Spinoza Ă©tait condamnĂ© par la synagogue pour les mĂȘmes raisons !

Il y aurait eu alors une attitude judĂ©o-chrĂ©tienne prĂ©judiciable Ă  l’intelligence qui constituerait « le Grand Malentendu » ?

Oui. C’est d’abord dans la mesure oĂč l’Église a tenu la Bible hĂ©braĂŻque comme parole d’évangile, ce qu’elle n’est absolument pas. Les chercheurs israĂ©liens ont fait un travail de recherche remarquable sur le sujet en contestant en grande partie l’historicitĂ© du texte. Cette confusion a Ă©tĂ© dramatique puisque Luther croyait que la Bible ayant un sens littĂ©ral, le Dieu Massacreur que l’on y montrait, justifiait toute violence contre l’« hĂ©rĂ©sie » romaine ! Mais depuis un siĂšcle, on assiste dans l’Église a plus qu’une rĂ©habilitation de la Raison : Ă  l’affirmation que la raison et la foi se conjuguent. Einstein a Ă©tĂ© un de ceux qui ont commencĂ© Ă  dĂ©montrer que la physique dĂ©bouchait sur la mĂ©taphysique, ce qui permettait de dire, au dĂ©but du siĂšcle dernier : « Un peu de science Ă©loigne de Dieu, beaucoup en rapproche ! » C’est ainsi que, requis il y a quelque temps par un groupe parisien pour donner une confĂ©rence sur le thĂšme : « Comment aujourd’hui croire en Dieu », j’ai substituĂ© Ă  ce titre : « Comment aujourd’hui ne pas croire en Dieu ! », tellement il me parait aujourd’hui que l’athĂ©isme est dĂ©saccordĂ© de la recherche scientifique. Je crois d’ailleurs avoir dĂ©montrĂ©, ce qui n’avait jamais Ă©tĂ© fait, que le prologue de l’Évangile de Saint Jean : « Au commencement Ă©tait la Parole  » est un formidable rĂ©sumĂ© scientifique, qui prĂ©cĂšde ce qu’ont dĂ©couvert il y a un demi-siĂšcle, les scientifiques de Princeton !

Vous semblez avoir une prĂ©dilection pour les travaux d’Einstein. Pourtant ce n’est pas un personnage trĂšs bien considĂ©rĂ© par l’Église ?

Einstein Ă©tait juif, mais ne pratiquait pas. Il a donc pu paraĂźtre athĂ©e, ce qu’il n’était absolument pas puisque quelques jours avant sa mort il a pu dire : « Nous, scientifiques croyants  ». Avec la loi de la relativitĂ©, il a placĂ© l’homme dans un Ă©tat « transitoire », ce que le christianisme, aprĂšs toutes les grandes religions antiques, exprime d’autre façon. Mais aujourd’hui, la « RelativitĂ© complexe » nommĂ©e par Jean Charon, nous ouvre Ă  une « augmentation de la connaissance ». Ce qui hier Ă©tait au moins Ă©trange, et parfois hĂ©rĂ©tique, entre dans le domaine du « raisonnable » ! En sus, en dĂ©clarant trĂšs fermement que ce n’était pas de sa rĂ©flexion qu’il avait dĂ©duit la loi de relativitĂ©, mais qu’il en avait Ă©tĂ© « inspiré », Einstein a donnĂ© Ă  l’« intuition », une base spirituelle, qui n’est pas loin de ce que l’Église affirme du travail du Saint-Esprit ! Einstein est donc Ă  redĂ©couvrir.

Dans Le Grand malentendu, vous comparez les textes sumĂ©riens, akkadiens, nilotiques, cananĂ©ens et autres, Ă  ceux de la Bible hĂ©braĂŻque pour contester ceux-ci. Qu’en est-il exactement ?

Il en est – et lĂ  j’en reviens aux recherches israĂ©liennes – que la derniĂšre composition de la Bible n’est pas trĂšs ancienne, et que le scribe Esdras a fait au VIe siĂšcle avant notre Ăšre une compilation de textes d’inĂ©gale valeur. On a remarquĂ© par exemple que le rĂ©cit de la « GenĂšse » contient deux textes juxtaposĂ©s de la CrĂ©ation qui ne doivent rien Ă  MoĂŻse. C’est ainsi que la Bible ne fait que de brĂšves allusions Ă  la guerre des Dieux qui forment le fond mythologique des croyances qui ont prĂ©cĂ©dĂ© le christianisme ! J’ai donc essayĂ© de dĂ©montrer les influences subies par la Bible, la part politique qu’elle contient, et surtout comment ont Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©s par Esdras des textes Ă©trangers, en fonction des nĂ©cessitĂ©s du monothĂ©isme qu’il fallait imposer contre le dĂ©sordre du paganisme. J’estime que le Christ, en venant retrouver « ce qui Ă©tait perdu », a corrigĂ© les erreurs et les horreurs de l’Ancien Testament. Mais, ne pouvant faire tout comprendre aux hommes de son Ă©poque, c’est Ă  L’Esprit-Dieu qu’il a confiĂ© la connaissance future ! Or, le Dieu hĂ©braĂŻque de la GenĂšse interdisait aux hommes l’arbre de la « connaissance ». C’est cela que je nomme « le Grand malentendu » qui se poursuit aujourd’hui, dans la lutte des divers matĂ©rialismes, mais aussi dans le conflit que Simone Weil nommait celui entre la « pesanteur et la grĂące » ! ConnaĂźtre, c’est naĂźtre de nouveau. Et c’est Ă  cette Renaissance qu’en tant qu’hommes de bonne volontĂ© nous sommes appelĂ©s !

Le Grand Malentendu ou le testament d’un HĂ©rĂ©tique d’Alexis Arette, Ă©ditions L’Æncre, collection « À nouveau siĂšcle, nouveaux enjeux », dirigĂ©e par Philippe Randa, 520 pages, 39 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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Philippe Randa,
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