Lorsque j’avais vingt ans Georges Brassens Ă©tait pour moi un chanteur anarchiste de grand talent certes, mais engagĂ© dans toutes les causes Ă  dĂ©fendre qui traĂźnaient dans les cabarets de la rive gauche
 du moins le pensais-je. Une dĂ©cennie plus tard, le hasard de la vie m’a fait connaĂźtre Rolland, un sauteur en longueur, que son ami sĂ©tois Éric Battista, lui-mĂȘme triple sauteur talentueux, avait un jour introduit, Ă  CrespiĂšres, dans le cercle intime du cĂ©lĂšbre moustachu. Eh oui ! Le sport mĂšne Ă  tout.

Georges Brassens.

Georges Brassens.

C’est grĂące Ă  cette rencontre improbable que je dĂ©couvris la vĂ©ritable personnalitĂ© du faux bourru. Ainsi l’homme qui se disait libertaire et pacifiste, se mĂ©fiait-il du militantisme et de la crĂ©dibilitĂ© des groupuscules qui prĂ©tendaient rĂ©volutionner le monde. « J’essaie de ne pas me laisser sĂ©duire par les slogans. PrĂ©cisĂ©ment chacun nous promet un petit paradis » Pour lui « la seule rĂ©volution possible, (c’était) essayer de s’amĂ©liorer soi-mĂȘme en espĂ©rant que les autres fassent la mĂȘme dĂ©marche ». Et selon lui le monde en vivrait mieux. Cette profession de foi me fit alors mieux comprendre l’amitiĂ© qui le liait Ă  Jean Giono lequel refusait la guerre, le fascisme et le communisme (cela lui avait d’ailleurs valu cinq mois de dĂ©tention Ă  la LibĂ©ration, d’autant qu’il Ă©tait le chantre du retour Ă  la terre et du dĂ©veloppement de l’artisanat qu’avait prĂŽnĂ© le rĂ©gime de Vichy).

Je dĂ©couvris aussi la bontĂ© du « Gorille » qui n’hĂ©sitait pas Ă  aider financiĂšrement ses amis et qui savait opportunĂ©ment oublier de se faire rĂ©gler un cachet Ă  l’issue d’un tour de chant dans quelque maison de jeunes ou autre, en situation financiĂšre dĂ©licate. Sur ce point le bougre ne manquait pas d’humour. Alors qu’un jour il participait Ă  un dĂ©bat et que la condamnation du Dieu Mammon venait d’ĂȘtre renouvelĂ©e par quelques-uns de ses collĂšgues connus pour « leur engagement rĂ©volutionnaire », il susurra de sa voix zĂ©zĂ©yante que, contrairement Ă  eux, il faisait payer ses prestations.

Je devais mĂ©diter plus tard les curieuses professions de non-foi de ce bouffeur de curĂ© affichĂ©. Certains de ses couplets ne se rĂ©fĂšrent-ils pas Ă  Dieu que ce soit par exemple dans « la chanson pour l’auvergnat » («  qu’il te conduise Ă  travers ciel, jusqu’au pĂšre Ă©ternel ») ou dans « Les deux oncles » (« vous les heureux coquins qui ce soir verrez Dieu ») Et que penser de sa mise en musique de « La PriĂšre » du poĂšte chrĂ©tien Francis Jammes ?

Patachou qui avait contribuĂ© Ă  sa dĂ©couverte osait dire : « Croyant, Brassens l’était sĂ»rement quelque part mais ça l’agaçait un peu de le penser ». D’ailleurs n’avait-il pas confessĂ© que s’il n’était pas certain que l’homme fĂ»t Ă©ternel, il n’était pas certain non plus qu’il ne le fĂ»t pas. Un autre jour alors qu’un interlocuteur venait de conclure une prĂ©dication enflammĂ©e sur l’inexistence de Dieu par un pĂ©remptoire « d’ailleurs ce n’est qu’un mot », Brassens ne put s’empĂȘcher d’ajouter : « Un mot, peut-ĂȘtre, mais quel bien beau mot ! ».

Au lendemain de la mort de sa mĂšre, au moment de son entrĂ©e en scĂšne, Ă  « l’Alcazar » de Marseille, il confia Ă  ses proches : « Pour la premiĂšre fois ce soir elle me voit chanter ».

Quoi qu’il en fĂ»t, il repose aujourd’hui sous une pierre tombale dont le seul ornement est une croix.

À relire ses couplets, le temps ayant fait son Ɠuvre, comment qualifier celui qui refusait d’ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un poĂšte et qui se reconnaissait comme un artisan de la chanson (« Sans technique, un don n’est qu’une sale manie »). Sans outrer le trait on peut dire qu’il apparaĂźt dĂ©sormais comme un classique, un traditionaliste, voire un rĂ©actionnaire.

Sa « tempĂȘte dans un bĂ©nitier » est significative sur bien des points : « sans le latin la messe nous emmerde [
] Ces oiseaux sont des enragĂ©s [
] Ces corbeaux qui scient, rognent, tranchent, la saine et bonne vieille branche de la croix oĂč ils sont perchĂ©s ».

En dĂ©pit des apparences Brassens qui aime utiliser les tournures anciennes, inscrit ses vers dans une mĂ©trique rigoureuse relevant d’un classicisme incontestable. Mais plutĂŽt que de commenter la leçon de rĂ©daction française qu’il nous donne laissons-lui la parole : « Il faut que mes chansons aient l’air d’ĂȘtre parlĂ©es ; il faut que ceux qui m’entendent croient que je parle, croient que je ne sais pas chanter, que je fais des petites musiquettes comme ça. [
] Il ne faut pas que la musique affaiblisse le texte. Elle est lĂ  pour crĂ©er l’atmosphĂšre, planter le dĂ©cor, soutenir discrĂštement l’action, sans empiĂ©ter, sans se substituer. [
] Je ne veux pas faire rire aux Ă©clats, je veux faire sourire. Je suis un ennemi du « langage Ă  signes » ; je prĂ©fĂšre suggĂ©rer les choses que les dire. [
] J’estime qu’il faut en dire peu et permettre Ă  celui qui vous Ă©coute de faire sa fĂȘte tout seul. [
] Pour pĂ©nĂ©trer dans mes chansons, il faut ĂȘtre un peu mon complice ».

Messieurs les slameurs et autres rappeurs, il n’y a plus qu’à


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