Revenons au gĂ©nie CĂ©line, qui avec ire dĂ©peint le monde de la pub : « Les grands lupanars d’arts modernes, les immenses clans hollywoodiens, toutes les sous-galĂšres de l’art robot, ne manqueront jamais de ces saltimbanques dĂ©pravĂ©s
 Le recrutement est infini. Le lecteur moyen, l’amateur rafignolesque, le snob cocktailien, le public enfin, la horde abjecte cinĂ©phage, les abrutis-radios, les fanatiques envedettĂ©s, cet international prodigieux, glapissant, grouillement de jobards ivrognes et cocus, constitue la base piĂ©tinable Ă  travers villes et continents, l’humus magnifique le terreau miraculeux, dans lequel les merdes publicitaires vont resplendir, sĂ©duire, ensorceler comme jamais. »

Ah, la sorcellerie ! Ah, la magie de la communication !

Puis CĂ©line explique le bon goĂ»t du grand public consentant : « Plus c’est cul et creux, mieux ça porte. Le goĂ»t du commun est Ă  ce prix. Le « bon sens » des foules c’est : toujours plus cons. L’esprit banquiste, il se finit Ă  la puce savante, achĂšvement de l’art rĂ©aliste, surrĂ©aliste. Tous les partis politiques le savent bien. Ce sont tous des puciers savants. La boutonneuse MĂ©lanie prend son coup de bite comme une reine, si 25 000 haut-parleurs hurlent Ă  travers tous les Ă©chos, par-dessus tous les toits, soudain qu’elle est MĂ©lanie l’incomparable
 Un minimum d’originalitĂ©, mais Ă©normĂ©ment de rĂ©clame et de culot. L’ĂȘtre, l’étron, l’objet en cause de publicitĂ© sur lequel va se dĂ©verser la propagande massive, doit ĂȘtre avant tout au dĂ©part, aussi lisse, aussi insignifiant, aussi nul que possible. La peinture, le battage-publicitaire se rĂ©pandra sur lui d’autant mieux qu’il sera plus soigneusement dĂ©pourvu d’aspĂ©ritĂ©s, de toute originalitĂ©, que toutes ses surfaces seront absolument planes. Que rien en lui, au dĂ©part, ne peut susciter l’attention et surtout la controverse. »

Et comme s’il avait lu et digĂ©rĂ© Bernays CĂ©line ajoute avec le gĂ©nie qui caractĂ©rise ses incomparables pamphlets : « La publicitĂ© pour bien donner tout son effet magique, ne doit ĂȘtre gĂȘnĂ©e, retenue, divertie par rien. Elle doit pouvoir affirmer, sacrer, vocifĂ©rer, mĂ©gaphoniser les pires sottises, n’importe quelle himalayesque, dĂ©cervelante, tonitruante fantasmagorie
 Ă  propos d’automobiles, de stars, de brosses Ă  dents, d’écrivains, de chanteuses lĂ©gĂšres, de ceintures herniaires, sans que personne ne tique
 ne s’élĂšve au parterre, la plus minuscule naĂŻve objection. Il faut que le parterre demeure en tout temps parfaitement hypnotisĂ© de connerie.

Le reste, tout ce qu’il ne peut absorber, pervertir, dĂ©glutir, saloper standardiser, doit disparaĂźtre. C’est le plus simple. Il le dĂ©crĂšte. Les banques exĂ©cutent. Pour le monde robot qu’on nous prĂ©pare, il suffira de quelques articles, reproductions Ă  l’infini, fades simulacres, cartonnages inoffensifs, romans, voitures, pommes, professeurs, gĂ©nĂ©raux, vedettes, pissotiĂšres tendancieuses, le tout standard, avec Ă©normĂ©ment de tam-tam d’imposture et de snobisme La camelote universelle, en somme, bruyante et infecte  »

Et de poursuivre sa superbe envolĂ©e sur la standardisation : « Le Standard en toutes choses, c’est la panacĂ©e. Plus aucune rĂ©volte Ă  redouter des individus prĂ©-robotiques, que nous sommes, nos meubles, romans, films, voitures, langage, l’immense majoritĂ© des populations modernes sont dĂ©jĂ  standardisĂ©s. La civilisation moderne c’est la standardisation totale, Ăąmes et corps. »

La foule pour finir : « Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande Ă  se mettre Ă  genoux devant l’or et devant la merde !
 Elle a le goĂ»t du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n’eut jamais dans toutes les pires antiquitĂ©s
 Du coup, on la gave, elle en crĂšve
 Et plus nulle, plus insignifiante est l’idole choisie au dĂ©part, plus elle a de chances de triompher dans le cƓur des foules
 mieux la publicitĂ© s’accroche Ă  sa nullitĂ©, pĂ©nĂštre, entraĂźne toute l’idolĂątrie
 Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. »

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Nicolas Bonnal

Essayiste et chroniqueur politique, Nicolas Bonnal est l’auteur d’une quinzaine de livres sur la politique, l’identitĂ©, l’initiation et le cinĂ©ma
 Derniers livres parus aux Éditions Dualpha : Le paganisme au cinĂ©ma ; La chevalerie hyperborĂ©enne ; le Graal et Donald Trump, le candidat du chaos. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s en Espagne.

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